“Le pays ne peut jouir de la stabilité politique à l’ombre de la chute du système parlementaire et démocratique”, affirme M. Elie Ferzli, vice-président de la Chambre, qui désespère de tout changement avant les élections générales de 2005.
Aussi, insiste-t-il sur la nécessité d’élaborer une nouvelle loi électorale qui adopterait la petite circons-cription, parce qu’elle assure une représentation nationale authentique et empêche l’accaparement du parlement par un ou deux groupes.
En ce qui concerne l’éventuelle reconduction du mandat présidentiel, il rappelle qu’il s’était opposé au renouvellement du mandat du président Hraoui - bien que c’est un Békaaiote comme lui - mais pour le moment, il juge prématuré d’évoquer cette question.
Invité à émettre son avis à propos du gouvernement et sa gestion de la chose publique, M. Ferzli répond: “Ce Cabinet est mort-né et personne n’a pu s’en attribuer la paternité. Nous avons dit, alors, que cette équipe ministérielle est la conséquence naturelle de la volonté politique qui dirige le pays à tous les niveaux et dans toutes les institutions. Preuve en est que la culture non constitutionnelle, non légale et contraire à l’esprit institutionnel prévaut à tous les échelons”.
Peut-on dire que le Cabinet se limite, actuellement, à expé-dier les affaires courantes dans l’attente des élections législatives et de l’échéance présidentielle?
Il reste le même dans sa composition, ses tiraillements internes et sa gestion. Vous me demanderez si c’est la conséquence des divergences qui opposent les chefs de l’Etat et du gouvernement. Je vous répondrai que ces divergences ne sont pas récentes, ni nouvelles. Elles ont existé sous tous les régimes et ceci est la conséquence de la culture constitutionnelle, juridique et institutionnelle de ceux qui gèrent la chose publique.
Il existe une lutte d’influence dont nous sommes exclus. Ainsi, à titre d’exemple, je n’étais pas au courant du dossier du cellulaire dès le début et en tant que député responsable du contrôle de l’Exécutif, je n’ai pas reçu une copie du rapport présenté à ce sujet par la KPMG.
Qui est responsable de la neutralisation du rôle de la Chambre?
J’estime que la carte politique de la Chambre et les grands blocs qui la composent accaparent le pouvoir de contrôle du Législatif.
POUR LA PETITE
CIRCONSCRIPTION
Dans une précédente interview, vous vous étiez vanté d’être l’un des auteurs de la loi électorale sur la base de laquelle la présente législature a été élue. Avez-vous regretté d’avoir contribué à son élaboration?
Naturellement, je l’ai regretté. En préconisant l’adoption du mohafazat comme circonscription, j’avais la conviction que celle-ci nous transposerait de la logique étroite à la logique nationale et du discours sectaire à un autre ouvert et diversifié.
Il est apparu, par la suite, que c’était une pure illusion, d’autant que l’équilibre des forces sur la scène politique n’a pas permis d’atteindre cet objectif.
Après le retrait israélien du Sud, il faut reconsidérer la loi électorale et adopter la petite circonscription, parce qu’elle assure une meilleure représentation de la volonté nationale et barre le chemin à des députés amenés par les chefs de liste, dans ce qu’on appelle “bulldozer”. De ce fait, l’Assemblée est dans l’impossibi-lité de jouer son rôle de contrôleur de l’Exécutif.
Connivence entre l’Exécutif et le Législatif
Approuvez-vous l’accusation selon laquelle le chef du Législatif est de connivence avec le chef du gouvernement lors du débat budgétaire?
Ceci n’est pas nouveau et c’est un fait qu’on ne peut nier. Depuis 1992 et jusqu’à ce jour, la manière d’œuvrer du système repose sur le principe de la troïka. Celle-ci a toujours été représentée en Conseil des ministres et elle prend sa propre défense au sein du parlement. Si j’étais à leur place, j’aurais agi de la même façon. Car le principe de la séparation des Pouvoirs n’est pas appliqué, abstraction faite des personnes et je ne parle pas de personnes déterminées; c’est une simple constatation.
Ceci est-il dû à l’enchevêtrement des préro-gatives et le texte constitutionnel a-t-il besoin d’être révisé, afin de normaliser la situation au niveau du Pouvoir?
L’accord de Taëf est clair en ce qui a trait à la séparation des pouvoirs. Il est donc demandé d’appliquer, strictement, la Constitution et de permettre au jeu parlementaire de suivre son cours. Qu’est-ce qu’un gouvernement pareil à un cocktail, rassemblant le loya-lisme et l’opposition et, partant, ne constituant pas une équipe homogène? Ce Cabinet représente des “positions de force”, chacune défendant ses idées et ses intérêts; si elles s’entendent entre elles, tout marche comme sur des roulettes et, dans le cas contraire, rien ne va plus. De ce fait, on peut dire que les ministres sont autant d’échos à des voix qui leur dictent la décision à prendre ou l’attitude à adopter.
Prérogatives présidentielles
Qu’auriez-vous à dire à propos de l’offensive contre le chef de l’Etat que certains accusent d’empiéter sur les attributions du chef du gouvernement?
En tant que constitutionnaliste, je reviens à la loi fondamentale et me comporte conformément à ses directives qui ont été clairement définies à Taëf. Cette controverse ne peut résoudre tant de crises auxquelles le pays est confronté et ne freine pas l’expatriation des jeunes, encore moins le règlement de la dette publique.
Quelle est, à votre avis, la solution à la situation actuelle; le changement de Cabinet règlerait-il la crise politique?
Il s’agit moins d’un changement de Cabinet, que de l’élaboration d’un nouveau code électoral sain et équilibré, capable d’amener au parlement des éléments vraiment représentatifs. Je suis donc persuadé qu’aucun changement n’est possible avant les élections générales, car l’Assemblée est la source des pouvoirs. Tout commencera donc après les législatives et non les présidentielles.
Qui sera le futur président? Je ne peux le dire, car la conjoncture locale et régionale évoluera au cours des six prochains mois et le futur président sera, sans nul doute, l’émanation des relations libano-syriennes et, à mon avis, les Etats-Unis n’auront pas un rôle sur ce plan. Je peux même affirmer qu’ils ne se mêleront pas au choix du président libanais.
En ce qui me concerne, je fais partie d’une grande ligne politique et j’exposerai mon opinion sous le plafond de cette ligne; c’est une question non sujette à discussion.
Il va sans dire que la situation économico-financière est influen-cée par les tiraillements politiques. Il nous faut donc réduire la dette publique, combattre le chômage et freiner l’expatriation des jeunes. Quoi qu’il en soit, je n’appréhende pas une explosion dans ce domaine, car les Libanais ne laisseront pas couler le navire à bord duquel ils se trouvent. |