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“Le Jugement Avant Dernier”
Installation au Centre culturel français de Beyrouth
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Au Musée du Luxembourg à Paris
“Moi! Autoportraits du XXème siècle” ou le Panthéon
des peintres les plus connus de l’art
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“Le Jugement Avant Dernier”
Installation au Centre culturel français de Beyrouth

“Le Jugement Avant Dernier” est une installation au Centre culturel français de Beyrouth, réalisée par un groupe de plasticiens: Hanane Hajj Ali, Imad Khaddaje, Samir Khaddaje, Waël Khaddaje, Marc Mourani, Nanine Mourani et Jean-Marc Nahas.

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Ce qui intéresse, d’abord, tous ces artistes, ce sont les éléments de la composition, leurs symboles et, surtout, leurs positions dans l’espace pictural pour le meilleur impact sur le spectateur. Ici, se jouent toutes les données des arts plastiques: œuvres au sol ou pendantes du plafond, horizontalité, verticalité, points d’attache, pesanteur et apesanteur, élan, mouvement, vitesse... Les vo-lumes et les matériaux comptent moins que leurs significations. Les visiteurs eux-mêmes deviennent des acteurs en situation au cœur de l’espace plastique.

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RÉFLEXION EN FORMES, VOLUMES ET COULEURS
Ces plasticiens ont voulu, à travers cette démarche, livrer une réflexion en formes, volumes et couleurs, tout en cherchant à déconstruire et reconstituer des processus de matérialisation des idées, à partir d’un mode particulier de représentation plastique. Il en va donc d’une recherche qui, à l’instar de nombreuses autres dites contemporaines ou d’avant-garde, est à la quête d’un façonnement et conditionnement identitaire. Ils veulent, visiblement, arriver à rendre, à travers l’art, leur angoisse face au tragique de la condition humaine et la manière, dont la sensibilité personnelle est elle-même agie par cette charge émotive dans toute son épaisseur.
Aussi, créent-ils leur réel à partir d’une autre réalité. Cette démarche transite par une œuvre plastique, une “installation” qui ne se veut, ni descriptive, ni esthétique. Il s’agit, là, d’un mode d’expression total, où le message doit passer quels que soient les moyens artistiques employés.

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POURSUITE DE RÊVES
Les recherches sont issues de la fantaisie, de la poursuite de rêves et de fantasmes nés de l’imaginaire, génératrice d’un art se traduisant par des réalisations, des interprétations où peuvent se discerner le passage de la vérité physique à la vérité plastique et la maîtrise du métier.
Ils payent, tous, leur contribution à l’art mo-derne, en adoptant des canons arbitraires et ont utilisé le métal comme matériau de base, infligeant aux formes des distorsions, des ruptures d’axes qui constituent leur expressionnisme. Ils ont habillé les volumes créés de papiers-journaux pour accentuer l’effet éphémère de la mise en scène. Pour conclure, on peut affirmer que s’ils ont privilégié comme mode d’expression “l’installation”, c’est que celle-ci peut leur permettre, plus que tout autre biais artistique, de se révéler à la fois plasticiens et metteurs en scène, tout en plongeant aux racines profondes des mythes de la condition humaine.

Par Nicole MALHAMÉ HARFOUCHE

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Au Musée du Luxembourg à Paris
“Moi! Autoportraits du XXème siècle” ou le Panthéon
des peintres les plus connus de l’art

150 œuvres exposées au Musée du Luxembourg, dessinent le visage de l’art moderne.

photo Francis Bacon.

photo Albert Marquet.

“Moi! Autoportraits du XXème siècle” poursuit, en quelque sorte, la fameuse collection des autoportraits commencée par Léopold de Médicis, qui orne désormais aux Offices, le corridor Vasari.
Elle ira, d’ailleurs, tout naturellement à Florence, après son étape parisienne.
A travers le thème de l’autoportrait, le pu-blic le moins familier avec les évolutions artistiques des dernières décennies, peut mieux comprendre les continuités et les ruptures de l’art contemporain, comme l’évolution d’un siècle tourmenté.
Cette floraison exceptionnelle d’autoportraits est une fête, un jaillissement créatif très particulier.
Un panthéon, d’abord, des noms les plus connus de ce siècle: Francis Bacon, Baselitz, Dali, Ensor, Mondrian, César, Klee, Léger, Van Dongen, Vuillard, Derain, Dubuffet, Hartung, Buffet, Oldenburg, Nussbaum de Chirico, Bellmer, Degas, Vlaminck, Rockwell….
Cette manifestation est un spectacle réussi, par un parti pris délibéré d’accumulation, de la diversité du siècle, des regards et des points de vue.
Autoportraits en atelier, de dos, de face, à l’envers, au miroir, photographiques, abstraits, figuratifs, c’est toute la réflexion de l’artiste sur son œuvre, sur l’Histoire, sur notre propre identité qui éclate à chaque pas du parcours.

photo Juan Gardenas.

photo Bernard Buffet.

Vitrine magique de tous les “moi”, quels mystères essayaient de percer ces artistes?
A quelles confrontations se sont-ils essayés et qu’ont-ils interrogé en scrutant leurs traits dans le miroir?
L’autoportrait reste un territoire dont aucune science n’est parvenue à élucider le mystère: l’humanité.
Lorsqu’il est aux prises avec lui-même, l’artiste doit résoudre sa propre inéquation entre apparence et vérité.
Qui est-il? Celui qu’il croit être ou celui que les autres voient?
Le problème de l’autoportrait du XXème siècle répond à l’étonnement de Cioran: “Chacun de nous, sa vie durant, ne cesse de s’étonner d’être, précisément, celui qu’il est. Le drame de l’unicité est inépuisable et insoluble…”
Alors, pourquoi se priver d’expressions qui modifient les traits comme pour mieux cacher l’indicible? Ou révéler l’essentiel en restant indéchiffrable?
Les pièces les plus inédites de l’exposition sont au compte de cent cinquante œuvres et, parmi elles, on peut découvrir entre autres, un rarissime autoportrait de Gaston Chaissac ou de Max Ernst offert à André Breton dans les années 20, qui vient de resurgir lors de la vente aux enchères Breton de l’an dernier.

photo Jean-Charles Blais.

photo Kees Van Dongen.

POINTS FORTS DE L’EXPOSITION
L’un des points forts de l’exposition est de présenter le foisonnement des techniques employées par les artistes pour cette forme d’art. Ceci se constate dans tous les domaines de l’expression artistique et l’autoportrait en fait partie.
Au fil de la visite dans les salles du musée, on passe de la technique “poubelle”, de l’”Autoportrait robot” d’Arman, à la technique projection de photographie sur des carreaux de faïence chez Jean-Pierre Raynaud, sans perdre de vue les techniques traditionnelles de la pointe sèche, de la li-thographie, la photographie et toutes les variations techniques; parfois, des mélanges entre photographie, dessin, pastel.
La seule technique qui n’apparaît pas ici, est celle de la vidéo, pourtant un art du temps au même titre que le cinéma, le théâtre ou la littérature. Tous se posent la question.
L’artiste se donne à voir, mais il livre beaucoup plus.
Dans l’autoportrait, il confie son point de vue sur son art et sur lui-même.
Sujet et objet, il se soumet à son propre regard, à sa touche, à sa palette.
Loin d’être un exercice de pure vanité, un miroir sublimant, l’œuvre peut être une expression d’humilité.
C’est, aussi, pour les artistes un champ de libre expérimentation. Dans ce face-à-face sans fard, le peintre découvre son ennemi le plus perfide.
Il se regarde et parfois se combat lui-même.
Mais d’une toile à l’autre, c’est toujours sa vie qu’il met en scène.
Ainsi, l’autoportrait est un exercice, un manifeste ou une échappée initiatique, sinon comment comprendre que Derain puisse, à cinquante ans d’intervalle, se peindre?
Il cherche en lui “l’absolue peinture”. Donc la liberté.
“Personne ne peut dicter ma conduite ou me guider”, disait Man Ray.
“On peut me critiquer après coup, mais ce sera trop tard. Le travail sera fait. J’aurai goûté à la liberté. C’était une rude tâche, mais cela en valait vraiment la peine”.
Ben ne sait-il pas non plus: “Prenez n’importe quel tableau, si vous grattez un peu la peinture, il y aura toujours écrit: Regardez-moi. Cela suffit!”
Au musée du Luxembourg sont donc exposées des œuvres d’artistes qui n’avaient rien en commun, de tous les mouvements, de toutes les écoles.
Seul point commun: l’autoportrait.
Alors un constat s’impose et de se dire que, si l’autoportrait devait disparaître de l’art, cela signifierait que l’homme aurait perdu conscience de lui-même.

Par Sonia NIGOLIAN

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