Ministre d’État Talal Arslan:
“Hariri a voulu faire du Conseil des ministres son équipe consultative”

photo“Le Cabinet est mort-né et au lieu de faire du Conseil des ministres une institution en bonne et due forme, le président Hariri a voulu le transformer en équipe consultative”, a déclaré M. Talal Arslan, ministre d’Etat. Le chef du gouvernement a tenté de se servir de cette équipe pour ses batailles politiques”.
L’émir Talal estime que l’équipe gouvernementale se contente de passer le temps, dans l’attente des prochaines échéances; aussi, s’est-elle trouvée dans un état d’immobilisme politique dangereux.

Interrogé sur le point de savoir pourquoi il n’assiste plus ou si peu aux séances du Conseil des ministres, il a répondu: “Parce que les dossiers qui y sont examinés ne méritent pas ma présence. Puis, le président du Conseil doit modifier sa politique et ne pas se permettre d’accaparer les solutions à nos problèmes économico-financiers”. De l’opération “swap”, M. Arslan juge nécessaire de la sortir du cadre politique, pour la transposer dans son cadre technique. “Il importe, également, de ne pas scinder le Conseil des ministres en plusieurs camps, se réclamant de l’un ou l’autre pôles de l’Exécutif, car le pays en paye le prix”.

APPEL À L’UNITÉ DE CHOUEIFATE
Quelle est votre lecture des résultats du scrutin municipal à Choueifate que l’on consi-dère comme le fief des Arslan?
Je ne considère comme perdants que ceux qui jugent la démocratie et la pratiquent sur la base des pertes et des profits. A mon avis, le peuple libanais est l’unique gagnant des élections municipales. Nous envisageons l’échéance municipale comme une occasion donnée aux citoyens d’exprimer leur volonté quant à la manière de gérer la chose publique sous l’angle du développement. Nous partageons donc la position des gens acquis à l’idée du changement. Il n’est pas vrai de présenter Choueifate comme le camp ou le fief d’une fraction déterminée. A mon sens, c’est une oasis où fleurit l’unité nationale dont l’émir Majid Arslan a été l’un des promoteurs. J’invite donc les Choueifiotes à préserver leur unité et la paix civile.
Quelle est votre position envers l’opération “swap” objet, actuellement, d’une controverse?
Je considère cette opération comme une tentative d’atténuer le préjudice ayant résulté de la dette publique, conséquence de la politique suivie par le gouvernement depuis 1992. Malheureusement, le “swap” s’est métamorphosé d’une question technique, en un sujet de tiraillements politiques.

NI LOYALISTE, NI OPPOSANT
Vous êtes connu pour être acquis aux idées du président Lahoud et hostile à la politique du président Hariri; vous classez-vous parmi les opposants ou les loyalistes?
Je suis en dehors de l’opposition et du loyalisme aux personnes. Je soutiens l’intérêt du Liban et partage l’avis de ceux dont la politique et le programme servent l’intérêt national dans tous les domaines et les secteurs. Le président Lahoud représente l’intérêt du Liban, à travers ses prises de position foncièrement nationales et son souci de sauvegarder les fonds du Trésor. Cela est clairement apparu par ses positions aux plans du développement, de la privatisation et la manière de traiter les dossiers de caractère économique.
Qu’auriez-vous à dire des séances du Conseil des mi-nistres?
Le Conseil des ministres existe-t-il encore? Ce gouvernement est mort-né et au lieu de transformer le Conseil des ministres en institution digne de ce nom, il en a fait une équipe consultative à la merci des grands blocs parlementaires dont les membres se partagent les prébendes ou s’en servent pour leurs batailles politiques. Si le Conseil des ministres siège chaque quinzaine, c’est moins pour régler la crise que pour la gérer jusqu’aux prochaines échéances. Il a échoué dans ce domaine, puisque la crise ne cesse de s’amplifier.
Pourquoi continuez-vous à boycotter les séances mi-nistérielles?
Pour la simple raison que les dossiers importants n’y sont pas examinés. C’est pourquoi, j’estime que ma présence n’est pas nécessaire, surtout quand il s’a-git de désigner des délégations pour représenter le Liban à des conférences internationales, d’accepter une donation d’un pays ami ou de muter un fonctionnaire. Puis, quand le Conseil des ministres prend des décisions importantes, pareilles à celle concernant le cellulaire, des mi-nistres les ignorent et font assu-mer au ministre qualifié l’entière responsabilité, bien qu’il s’emploie à les mettre en application.

POUR UN CABINET HOMOGÈNE
Le Conseil des ministres est partagé en deux camps, l’un est acquis aux idées du chef de l’Etat et l’autre prend le parti du chef du gouvernement; où vous classez-vous?
Ce fait me rappelle le public qui assiste aux compétitions sportives: l’un applaudit une équipe et l’autre acclame une autre. Il ne faut donc pas que ce spectacle soit transposé au sein du Conseil des ministres, car dans ce cas, le Liban en paye le prix très cher. Je suis donc avec un gouvernement homogène et solidaire, non avec des mini-gouvernements antagonistes.
Croyez-vous que les incidents de Hay el-Sellom étaient fomentés délibérément?
Sans nul doute et ils l’ont été par douze années de chômage et d’injustice sociale dont pâtit la classe laborieuse. Au lieu donc de chercher à identifier les fomentateurs des troubles, il est préférable de rechercher des solutions adéquates pouvant empêcher la réédition de pareils incidents. Ceci ne peut être obtenu que par un dialogue direct et franc avec les secteurs productifs, à l’effet d’élaborer un plan de sauvetage pouvant rendre justice aux chauffeurs de taxi, aux agriculteurs et à la classe laborieuse, en général.

OÙ SONT LES PRÉSIDENTIABLES?
L’échéance présidentielle approche; seriez-vous pour ou contre la reconduction du mandat présidentiel?

Si l’étape présente exige une personnalité pareille dans ses orientations à celle du président Emile Lahoud, nous y sommes favo-rables.
De toute façon, nous n’avons vu aucun candidat exposer son programme à la présidence, afin de pouvoir le comparer avec celui du président en exercice.
Le Cabinet haririen se contente d’expédier les affaires courantes comme d’aucuns l’affirment. Est-ce exact?
Il ne cesse de le faire depuis sa formation, en ce sens qu’il n’a pas essayé de régler les crises; au contraire, il a contribué à leur aggravation par son apathie. Le chef du gouvernement s’est soucié, uniquement, de consolider sa position et de se maintenir au Sérail, en dépit de toutes les critiques et les pressions et ceci a entravé l’action de l’Exécutif.

C.S.
Article paru dans "La Revue du Liban" N° 3954 - Du 19 Au 26 Juin 2004
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