Face à une information biaisée
Par René AGGIOURI

“Mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose”. C’est, apparemment, cette règle qui guide l’Administration Bush depuis sa prise de pouvoir dans les conditions que l’on sait. Et, dans cette entreprise de “bourrage de crâne”, elle est servie par des moyens audiovisuels puissants et tentaculaires, “Fox News” du fameux ultra-nationaliste Robert Murdoch, en étant le fer de lance.
Il semble tout de même que l’Amérique se réveille. C’est du moins ce que nous révèle une étude publiée récemment par la “British Journalism Review”. L’auteur en est un professeur américain du nom de Christian Christensen. Il enseigne à la Faculté de communication de l’Université d’Istanbul. Il est spécialisé dans la recherche sur la couverture internationale de l’information et sur la politique économique des médias. Avant Istanbul, il avait travaillé aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne et en Suède.
L’espace occupé par la liberté d’expression s’est dangereusement rétréci aux Etats-Unis, écrit-il. Les enquêtes menées sur ce sujet aboutissent à un constat significatif: une désaffection de plus en plus large du public à l’égard des moyens d’information américains et cela au profit de deux sources britanniques jugées plus objectives et plus libres: la BBC, relayée en Amérique par PBS et “The Guardian”, le grand journal libéral, pour tout ce qui concerne la guerre en Irak.
C’est ainsi qu’on relève que 40% des lecteurs du “Guardian” sur son site “on line” sont situés aux Etats-Unis et que les auditeurs de la BBC dans ce pays ont augmenté de 30% dès les premières semaines de la guerre.

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Ce que les Américains reprochent à leurs médias, c’est leur caractère bassement mercantile et leur parti pris ou-trancièrement nationaliste. A quoi s’ajoute l’accusation d’une relation trop étroite des représentants de la presse avec les autorités militaires; et cela signifie pour le citoyen moyen l’impossibilité de disposer d’une information objective et non-biaisée.
L’indécrottable nationalisme de “Fox News” est devenu, à tort ou à raison, le symbole de tout ce qui va mal dans le journalisme américain. Jusqu’à un certain point et aux yeux de certains auditeurs, les médias américains, tel “Fox News”, sont le reflet de tout ce qui est erroné dans la politique étrangère des Etats-Unis: une focalisation excessive sur les intérêts nationaux américains au détriment de tout autre intérêt, une attitude non-critique à l’égard de la politique unilatérale de puissance et une foi quasi-religieuse dans l’infaillibilité de la libre entreprise.
Dès lors, les journalistes qui se montrent critiques ou sceptiques, sont carrément accusés d’encourager le terrorisme et de saper le moral des troupes sur le champ de bataille.
Dans le climat actuel entretenu par ces médias, un patrio-tisme indiscutable est considéré comme une “vertu”, alors qu’un scepticisme critique est qualifié de “vice”.
L’auteur de cette analyse, le professeur Christensen, ajoute cette observation étonnante:
Interviewés par la BBC, des hommes politiques américains, des conseillers civils ou militaires de l’Administration sont déconcertés par l’agressivité des questions qui leur sont posées. Les représentants officiels des Etats-Unis ne sont tout simplement plus habitués à voir leur parole ou leur autorité mises en question directement et publiquement.
Et il ajoute: ce qui, pour les auditeurs américains rend stimulante la couverture des événements par la BBC, c’est que ses interviews musclées sont illustrées par des bulletins de nouvelles et des reportages de grande qualité.

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Ce que souligne ainsi cette espèce d’autopsie des mass media américains, de leur influence et de leur rôle, ci-dessus trop brièvement résumée, c’est l’étendue du mal qui ronge la démocratie américaine. Livrée à ceux qu’on appelle les néo-conservateurs, qui sévissent à tous les niveaux du pouvoir, peut-on encore la considérer comme exemplaire, pour inciter les peuples subjugués par sa puissance militaire et par son contrôle de la finance mondiale, à suivre ses leçons?
Contrairement à ce qu’on serait tenté de penser, les citoyens américains qui essaient d’échapper à cette in- fluence délétère, de garder un jugement libre, ne sont pas nécessairement ceux d’une classe privilégiée d’intellectuels et d’universitaires. En fait, on sait que le Public Broadcasting System (PBS), par exemple, qui relaie la BBC, est réputé comme étant la chaîne préférée d’une classe moyenne, jeune, légèrement supérieure de la Côte Est démocrate.
Cette préférence donnée par une masse importante d’auditeurs aux sources d’information britanniques en ces circonstances, permet peut-être d’augurer d’un redressement de la tendance moralisatrice du système audiovisuel américain. Car, au surplus, ce système est, de plus en plus, concurrencé par la facilité d’accès, grâce à “Internet”, à l’information du monde entier sans aucune limitation, ni censure des maîtres du complexe militaro-industriel qui nourrit les partis extrémistes.
Cela prendra, sans doute, du temps. Mais il ne faut pas désespérer de l’Amérique. Elle a toujours, au cours de son Histoire, su inventer les contre-feux qui l’empêchent de trop s’égarer.

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