Ministre du Tourisme
Ali Abdallah: “Le statu quo exposerait le Liban à des secousses graves”

photo“Le statu quo, s’il venait à persister, exposerait le Liban à des secousses graves”, prédit M. Ali el-Abdallah, ministre du Tourisme.
En ce qui concerne la révision de la Constitution et la prorogation du mandat présidentiel, il se demande pourquoi certains ont réagi négativement, alors qu’ils avaient souscrit à la même procédure en faveur du président Elias Hraoui.
Quant à l’état d’insécurité qui a été marqué par l’attentat contre M. Marwan Hamadé, M. El-Abdallah en fait assumer la responsabilité à Israël “qui a intérêt à déstabiliser notre pays et l’ensemble du monde arabe”.
De la réforme administrative, il pense qu’elle ne peut se réaliser, sans être précédée de la réforme politique.
Enfin, il se prononce en faveur d’un Cabinet d’union nationale pouvant œuvrer sur la base d’une cohabitation saine entre les deux pôles de l’Exécutif.

Contrairement à ce que certains pensent, M. El-Abdallah ne croit pas que la résolution 1559 du Conseil de sécurité aura pour conséquence “d’internationa-liser” notre cause.
“Car la prorogation du mandat présidentiel a été effectuée plus d’une fois au Liban. Pourquoi ce qui était permis sous le mandat du président Hraoui ne l’est plus maintenant?
“La résolution 1559 est en rapport, à mon avis, avec la politique régionale et plus précisément, proche et moyen-orientale.”
D’aucuns disent que la 1559 a été justifiée par la révision de la Constitution et la prorogation du mandat présidentiel?
La prorogation a été prise comme prétexte, ni plus ni moins, alors que l’intention de faire adopter la résolution était prise à l’avance.
Comment le Liban doit-il réagir face à la demande re-lative au désarmement des milices libanaises et non-libanaises?
Les Etats-Unis exigent depuis longtemps la neutralisation des milices et, principalement, la Résistance considérée comme un mouvement terroriste, alors que pour nous c’est une force mobi-lisée en vue de libérer les portions encore occupées de notre territoire.
Aussi, cette Résistance doit-elle poursuivre son action, tant que l’occupant israélien n’aura pas évacué Chébaa et le Arkoub, d’autant qu’elle bénéficie du soutien de l’Autorité et du peuple libanais.
Dans son rapport, M. Kofi Annan observe que les fermes de Chébaa ne sont pas englobées par la résolution 425!
Le Liban dispose d’une carte certifiant que Chébaa et Kfarchouba font partie du territoire natio-nal, ce qui nous confère le droit d’y combattre l’occupant.
Des événements se sont produits, dernièrement, susceptibles de compromettre la sécurité intérieure, notamment, l’attentat contre M. Marwan Hamadé, les troubles de Mejdel Anjar et du camp palestinien de Aïn el-Héloué. Quelle est votre lecture de ces faits qui ne manquent pas d’inquiéter l’opinion publique?
La tentative d’assassinat contre M. Hamadé a été perpétrée avec tant de minutie, que nous ne pouvons qu’accuser le sionisme de l’avoir planifié et exécuté, surtout à la suite des pressions exercées sur le Liban et la Syrie après le vote de la résolution 1559.
C’est pourquoi, il nous faut faire face à ces menaces et attentats par le resserrement des rangs pour déjouer les complots de nos ennemis.
En ce qui concerne l’affaire d’Ismaïl el-Khatib, le rapport des médecins-légistes atteste qu’il a succombé à une attaque cardiaque foudroyante. Sa famille se montre sceptique, mais les investigations en cours feront éclater la vérité.
Quant aux troubles dont est le théâtre depuis quelque temps, le camp de Aïn el-Héloué, ils sont la conséquence des conditions désastreuses dans lesquelles vit la population palestinienne. Tout en nous opposant à l’implantation des réfugiés de la diaspora, il nous faut améliorer le standing de vie de ces derniers sur le plan socio-humanitaire.

LE RÉGIME DOIT RÉUSSIR
Le régime (prorogé) du président Lahoud peut-il redresser la situation, surtout au double plan social et économique?
Ce régime doit réussir, parce que le Liban vit dans une situation peu enviable. Et si le statu quo devait se perpétuer, le pays serait exposé à des secousses graves.
En ce qui concerne le ministère, dont je détiens le portefeuille, il est parvenu à réactiver le secteur touristique, preuve en est le nombre croissant des estivants et des touristes qui a été enre-gistré au cours des deux dernières années. Ce nombre est passé d’un million en 2003, à plus de 1.300.000 cette année. Cela se traduit par des rentrées substantielles pour le Trésor.
Et qu’auriez-vous à dire de la réforme administrative?
A mon avis, la réforme administrative n’est pas possible sans la réforme politique. Il incombe donc aux responsables de prendre les décisions adéquates pour favoriser la réalisation de cette double réforme qui ne peut ni ne doit plus être différée.

POUR LA GRANDE CIRCONSCRIPTION
Quelle est la meilleure loi électorale?
Les avis de diverses fractions libanaises divergent, en plus de l’écart existant à ce sujet dans la conscience du peuple libanais. Ces divergences doivent, en principe, être dissipées. La réforme sociale commence par ce point. L’Etat doit se comporter de la même façon avec toutes les parties et créer de nouvelles opportunités de travail, même à travers le secteur privé. Il est nécessaire d’unifier le discours politique, sinon nous reculons et parlons de confessionnalisme par exemple. Aussi, devons-nous opter pour la grande circonscription, doublée de la proportionnelle. L’intérêt de la patrie est au-dessus de toute considération et il est bon aujourd’hui d’adopter le mohafazat comme circonscription électorale.
D’aucuns craignent la division au niveau de la rue, ce qui nous rappelle 1975. Qu’en pensez-vous?
A l’heure actuelle, je ne crains pas cela. Mais si la situation devait persister, le Liban serait exposé à des secousses internes et externes, l’ennemi israélien agissant en vue de déstabiliser la situation.
Prévoyez-vous un effondrement économique face aux pressions internationales?
Malgré tout, la situation économique au Liban reste stable, comme l’assure la Banque centrale. L’important est de réduire le déficit, mais non aux dépens du citoyen, par l’augmentation des taxes. J’approuve l’impôt progressif qui n’affecte pas le citoyen à revenu limité. Il faut élaborer une politique économique efficace qui s’applique en plusieurs années, afin d’améliorer notre situation, l’unité des rangs renforçant notre position politique.

B. EL-F.
Article paru dans "La Revue du Liban" N° 3971 - Du 16 Au 23 Octobre 2004
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