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Législatives: entre le diktat des nouveaux “tuteurs”
et l’unité nationale
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L’“entente cordiale” et les dindons de la farce...
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Des “rouleaux compresseurs”
pour paver la voie à la démocratie!
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Code de bonne conduite!
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Par Edouard BASSIL
Législatives: entre le diktat des nouveaux “tuteurs” et l’unité nationale

PhotoEntre l’organisation des législatives dans le délai constitutionnel et leur report de quelques semaines, à l’effet d’élaborer un code électoral équitable et équilibré, les nouveaux “tuteurs” (français et américains) croient avoir opté pour le moindre mal: le scrutin se déroulera donc aux dates prévues - le premier round étant fixé au 29 mai - sur la base d’une loi unanimement contestée qui, de l’avis même du Premier ministre, “transgresse l’accord de Taëf”...

Les développements intervenus au plan politico-électoral, portent l’observateur objectif à s’interroger sur les raisons ayant incité la communauté internationale - la France et les Etats-Unis en tête - à “exiger” l’organisation des législatives dans le délai constitutionnel, sur la base d’un code électoral qualifié, unanimement, “d’inique, d’injuste et de déséquilibré”! D’autant qu’il a relancé un mode de scrutin pour le moins antidémocratique, à travers les “rouleaux compresseurs”, système en vertu duquel il est procédé à la formation des listes selon le bon plaisir des “faiseurs de députés”, de manière à maintenir le Législatif sous leur coupe!
“Aoukar aurait-il supplanté Anjar?”, se demandent les Libanais jaloux de leur indépendance et de leur souveraineté... en observant les va-et-vient de l’ambassadeur américain entre les instances politiques et religieuses, porteur de “messages fermes et clairs” de la part de Washington, le chef de la mission diplomatique française lui emboîtant le pas et tenant un discours identique!
Le chef du Législatif a tout simplement répliqué aux membres de l’Assemblée qui réclamaient un débat autour du projet de loi électorale préconisant le caza en tant que circonscription électorale: “Cela me dépasse. Adressez-vous aux Français et aux Américains” (sic).
Au cours d’une interview télévisée diffusée mardi soir, la question suivante a été posée au chef du gouvernement: “Avez-vous décidé de souscrire à l’agenda international aux dépens de l’unité nationale?” Autrement dit, à maintenir les législatives aux dates légales, en dépit d’une loi inadéquate, dont le moins qu’on puisse dire est qu’elle déroge aux principes démocratiques?
“Dans la déclaration ministérielle, a-t-il répondu, sur la base de laquelle le gouvernement a obtenu la confiance de la Chambre, nous nous sommes engagés à organiser les élections générales dans le délai constitutionnel. Quoi qu’il en soit, dès mon retour de Brasilia, j’ai entrepris vainement des démarches auprès de neuf instances politiques et religieuses, dans une ultime tentative de rapprocher les points de vue et, partant, parvenir à un consensus autour d’une loi électorale acceptable par toutes les parties.
“Puis, il n’était pas possible d’élaborer une telle loi moins d’un mois avant le premier round du scrutin, alors qu’elle aurait dû être mise au point au cours des quatre dernières années”.
A sa décharge, on doit reconnaître que M. Mikati a déployé de louables efforts, afin de prévenir ce spectacle si peu édifiant, dont le Liban n’a jamais vu de pareil! D’autant qu’il a reconnu que “la loi 2000 transgresse les principes et critères définis par l’accord de Taëf”.

L’“entente cordiale” et les dindons de la farce...

PhotoAprès de laborieuses tractations, les manipulateurs des “rouleaux compresseurs” ont concocté les listes à leur convenance à Beyrouth, au Chouf et au Liban-Sud, où les résultats sont connus à l’avance, sans déranger les électeurs qui n’auront plus à se rendre aux urnes. Qu’en sera-t-il dans les autres circonscriptions?

Les duperies, autant que l’entente cordiale, sous le prétexte de conclure des alliances électorales, laissent un goût amer et une déception à la dimension de la confiance que les êtres humains sont en droit d’attendre les uns des autres. D’autant qu’on découvre, par la suite, que des intérêts personnels, sectaires ou claniques les motivent et non l’intérêt national.
Aussi, en arrive-t-on à déplorer le niveau si bas atteint par la vie politique chez nous, portant les citoyens à désespérer de tout, spécialement de l’avenir de ce pays qui ne peut s’engager sur la voie de la véritable démocratie (consensuelle), celle-ci étant devenue le dernier souci de ceux qui assument la lourde responsabilité de remettre le pays sur les rails.
Une “loi inique, injuste et inéquitable”, de l’aveu même du chef du Législatif - qui en a entravé la révision ou l’adoption d’un autre code électoral traitant tous les citoyens sur le même pied d’égalité - est à l’origine de tout ce branle-bas et de ce sentiment de frustration et d’injustice, dont on ignore jusqu’où il risque de mener le pays, si on n’y remédie pas!
Fait à relever: deux grandes puissances, en l’occurrence, la France et les Etats-Unis, ont insisté par l’intermédiaire de leurs ambassadeurs à Beyrouth, sur la nécessité d’organiser les élections générales dans les délais constitutionnels, sans se soucier du mode de scrutin, tout en promettant une “aide technique” au gouvernement libanais, en vue de superviser la consultation populaire et d’assurer son déroulement.
Or, la loi 2000 sur base de laquelle sont organisées les législatives, permet aux chefs de liste omnipotents, de faire passer leurs poulains et colistiers avant même que les électeurs se rendent aux urnes.
Le chef de l’Eglise maronite, dont nul ne peut douter du dé-sintéressement et de l’objectivité a, d’ailleurs, observé “qu’il s’agit non d’élections, mais plutôt de nominations, à l’ombre d’un code électoral unanimement contesté”.
D’aucuns ont qualifié “d’entente cordiale” des alliances - certaines contre-nature - scellées à Beyrouth et au Chouf dimanche dernier. En réalité et comme l’a bien précisé Mme Solange Gemayel, il s’agit “d’alliance électorale et non politique”, avec le Bloc haririen. Il y a eu l’entente prétendûment cordiale et des dindons de la farce...
Ce qui laisse craindre des ruptures fracassantes, dès qu’il s’agira de prendre position envers des questions conflictuelles engageant l’avenir de la patrie...

Des “rouleaux compresseurs”
pour paver la voie à la démocratie!

PhotoCeux qui s’accrochent et, pour cause, à la loi 2000, parce qu’elle sert leurs intérêts, prétendent que les “rouleaux compresseurs” servent, non à imposer les candidats-députés d’une certaine couleur, mais “à paver la voie à la démocratie”. Comme si les Libanais étaient ignares au point de prendre les vessies pour des lanternes!

Depuis quelque temps, le chef du Législatif a de ces sorties abracadabrantes qui laissent pantois quiconque l’écoute!
La toute dernière remonte à vendredi dernier, quand il a annoncé sa liste électorale au Liban-Sud. Après avoir reconnu que la loi 2000 est “injuste et inadéquate”, il a soutenu que celle de 1960 ayant adopté le caza en tant que mode de scrutin, “ramènerait le pays à cent ans en arrière autrement dit à 1860, date mémorable à laquelle s’étaient produits de tragiques événements dans la montagne libanaise”.
Et d’enchaîner: “Si la loi 2000 équivant à la maladie, celle de 1960 signifie la mort”. Nous ignorions que M. Nabih Berri est un constitutionnaliste invétéré.
Mais il a sorti une autre plaisanterie de taille en affirmant très sérieusement: “La loi 2000, dit-on, ressemble aux “rouleaux compresseurs”... (réservés aux candidats-députés méticuleusement choisis par le chef de liste, dont il garantit l’élection. Car cette liste est composée de telle manière que plus aucun autre candidat, à quelques exceptions près, ne peut être élu).
M. Berri poursuit: “Ces “rouleaux compresseurs” ont pour but de macadamiser les routes menant à la démocratie”... exactement comme ces machines sont utilisées pour recouvrir le réseau routier de macadam, ou de pierres concassées et de sable, afin de le rendre praticable.
Et cette promesse douteuse: “La prochaine législature s’attèlera à la ratification d’un nouveau code électoral donnant satisfaction aux citoyens et répondant aux impéra-tifs de l’heure”. Quelle fumisterie!
Ainsi, l’ère des “rouleaux compresseurs” a démarré dimanche dernier tant à Koraytem qu’à Deir el-Qamar où MM. Saad Hariri et Walid Joumblatt ont proclamé les noms de leurs co-listiers, les candidats maronites ayant été remplacés par des représentants des Forces libanaises... Dans l’espoir que cela dissiperait ou, tout au moins, atténuerait la tension au sein de l’électorat chrétien.
Le soir du même jour, les Beyrouthins ont été surpris par de magnifiques feux d’artifice annonçant, tapageusement, non point la formation de la liste haririenne, mais les résultats, naturellement favorables, du premier round de la consultation populaire du 29 mai.
On est donc en droit de s’interroger sur l’utilité de la mission dont s’acquitteront les observateurs internationaux, chargés de superviser les législatives, pour s’assurer de leur régula-rité, du moment que les élections ont pris fin avant de commencer, le combat sur ce plan devant prendre fin faute de combattants!

Code de bonne conduite!

Au cours d’un talk-show télévisé, le ministre de l’Information a été amené, dimanche dernier, à parler du mécanisme en vertu duquel il serait procédé au contrôle des médias, spécialement de l’audiovisuel, durant la campagne électorale, afin de donner le même temps à l’antenne aux candidats à la députation. Et ce, sur base d’un “code de bonne conduite” à adopter de commun accord.
N’étant pas enclin à user de moyens coercitifs, le ministre a laissé entendre qu’il comptait conférer avec les responsables des stations de télévision, pour les convaincre de se conformer aux dispositions de la loi, afin de n’être pas contraint de recourir à la manière forte. Et il s’est déjà attelé à la tâche.
A cet effet, le Conseil national d’information (CNI) est invité à assumer son rôle, du reste consultatif, ses décisions n’ayant aucune force contraignante ou exécutoire.
Mais le hic de l’affaire, est que le CNI n’a pas encore de président, bien qu’il ait été reconstitué depuis plusieurs mois. Pour la raison que l’un de ses deux membres melkites est de trop et a pris la place du sunnite...
Toujours est-il que le ministre s’est dit sûr de pouvoir régler cette “affaire d’Etat” avant les législatives et il s’est, d’ailleurs, entretenu à ce sujet avec les hautes instances musulmanes.
On aura tout vu et entendu dans cette république que d’aucuns comparent aux républiques d’Afrique (productrices de cacaco) ou banannières d’Amérique latine.
“Vivez longtemps, dit le dicton, et vous en verrez de toutes les couleurs”...
L’important, en définitive, est que le “code de bonne conduite” soit appliqué et respecté. Le sera-t-il? On peut en douter, étant donné les expériences précédentes!

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