Une critique complaisante:
Dénaturation du mouvement artistique au Liban

Les galeries d’art, collectives et “Salons” devraient être des lieux possibles d’exposition pour l’artiste et constituer l’événement avec ce qu’il peut comporter de découvertes et de mise en valeur des talents jeunes et moins jeunes. Malheureusement, comme nous l’avons déjà constaté, leur prolifération va de pair avec leur dénaturation, car l’aspect commercial prime.
En effet, les organisateurs, à quelques exceptions près, ciblent un public “conformiste” qui affectionne les œuvres “à la manière de...” leur rappelant les courants majeurs qui ont marqué le XXème siècle, de l’impressionnisme à l’hyperréalisme en passant par tous les “ismes” et autres...

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QU’EST-CE QU’UNE ŒUVRE D’ART?
Si les organisateurs sont responsables de la dénaturation des manifestations artistiques, une supposée critique, plus que complaisante ne l’est pas moins. Et c’est là qu’il faut tirer la sonnette d’alarme, car le public a tendance à croire ferme en ce qui est publié, noir sur blanc et risque d’être induit en erreur.
Mais en fait qu’est-ce qu’une œuvre d’art? C’est une projection de “l’imaginaire” d’un artiste et cet imaginaire est lui-même un effet de sa liberté de créer, de sa volonté de la métamorphose, de son psychisme, de sa mémoire, de sa culture et de ses désirs.
Une œuvre d’art: peinture, sculpture, installation, art vidéo, animation... est un “en soi” qui, certes, est né du plus existentiel d’un être. C’est une affirmation du potentiel créatif d’un artiste.

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Il semble, donc, tout à fait pertinent de soulever une ambiguïté de base, tenant à la fois à la compétence des prétendus critiques et à un certain pouvoir, qu’ils détiennent, de faire et de défaire les réputations des plasticiens, grâce à la crédulité du public, qui croit ferme à la véracité de toute critique ou information parue dans la presse. A qui avons-nous affaire en guise de critique?
Le premier cas de figure est celui des critiques qui n’ont, de par leur formation, aucune qualification pour analyser une œuvre d’art. Diplômés en lettres, journalisme, droit... ils ont trouvé un emploi comme journalistes, ils commencent par rédiger des papiers mondains pour couvrir les inaugurations et vernissages. Peu à peu, ils se transforment en “critique d’art”, ce qui a contribué à l’éclatement de la critique dans tous les sens. Le deuxième cas de figure est celui des critiques qui, au départ, se voyant plutôt poètes, romanciers, philosophes, écrivains, se sont rabattus sur la critique d’art pour des “raisons évidentes”: l’échec de leurs ambitions. Ceux-là tenteront, à travers leurs critiques de faire œuvre littéraire.
Le troisième cas de figure est celui des critiques “achetés” par les organisateurs, cette nouvelle race, qui fait partie soit de la première ou de la deuxième catégorie, s’est épanouie avec la concurrence sauvage que se font un bon nombre de galeristes ou d’organisateurs qui louent leurs services. Parfois, même, l’artiste a recours à eux et payé sa publicité. Tout cela a une répercussion très négative sur le mouvement artistique. Avant de conclure, notons qu’il y a aussi un nombre réduit de critiques d’art qui possèdent, outre des connaissances picturales sérieuses, des qualités de probité et d’honnêteté intellectuelle leur permettant de porter un jugement serein sur l’art au Liban.

Par Nicole MALHAMÉ HARFOUCHE
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