| Les Arabes doivent se saisir de nouveau du dossier irakien en même temps que les Nations-unies, car la situation est ouverte sur toutes les éventualités à Bagdad, la guerre civile n’étant plus une image virtuelle. Elle pourrait dépasser la chaudière irakienne et affecter d’autres régions arabes.
Nous n’exagérons pas en disant que l’Irak, dans le présent et à l’avenir, est l’épreuve la plus difficile pour les Arabes, comme pour les institutions de leur action commune. Il mérite, effectivement, un sommet après la fin des élections égyptiennes qui, estimons-nous, seront en faveur du président Hosni Moubarak, parce qu’il est le plus apte à gérer le plus grand pays arabe et à lui éviter les surprises désagréables, dans une conjoncture arabe et mondiale complexe.
Nous parions sur le président Moubarak qui revient pour un nouveau mandat, comme sur le roi Abdallah Ben Abdel-Aziz, le président Bachar Assad et leurs frères, les rois et présidents, en espérant qu’ils agiront avec célérité à l’effet d’intégrer le feu irakien, si son extinction s’avère impossible dans l’étape actuelle.
Dans ce contexte, que signifie le projet du Conseil de sécurité arabe, à l’instar du Conseil de sécurité international? Avec notre appréciation de l’importance de ce projet et de sa nécessité, peut-il trancher le conflit dans le Sahara occidental, par exemple, ou en Irak? Je doute de cela, en l’absence de mécanismes en vue d’une coopération économique, avant de parler de la coopération militaire. L’Union européenne, modèle d’un grand bloc d’Etats différents dans l’Histoire, la langue, l’ethnie et les traditions, a entamé ses initiatives complémentaires au niveau des intérêts économiques... Elle trébuche, maintenant, dans la constitution d’une force militaire unifiée. Sans le rôle atlantique, cette force aurait récolté un cuisant échec dans les Balkans, comme en Afghanistan.
Nous autres Arabes, nous excellons dans la lecture de l’alphabet à partir de ses dernières lettres. Le temps a changé et la langue fondée après la Seconde Guerre mondiale, doit modifier sa fonction, la liste de ses objectifs et se transformer en organisme se préoccupant, en premier lieu, du Marché commun arabe et, partant, asseoir au-dessus de la dynamique de sa complémentarité, une situation capable d’intégrer la coopération politique, sécuritaire et militaire.
De toute manière, c’est le choc moubarakiste positif et constructif ayant favorisé un réveil arabe sans précédent... Au point que les capitales des Arabes sont pareilles à des ruches d’abeilles, du Caire, à Tunis, en passant par Rabat. La vague d’enthousiasme n’a pas épargné des leaders qui auraient pu se signaler par leur absence et sont mus par le souci de faire siéger le sommet pour prendre des décisions consensuelles, bien que non contraignantes, à l’ombre d’une conjoncture régionale menacée par les tempêtes. Cela signifie que la confiance dans la Ligue ne s’est pas complètement dissipée.
Depuis cet instant de l’Histoire arabe que les incendies n’ont pas épargné, deux styles contradictoires ont émergé: le premier étant des intérêts sur le terrain et, le second, un discours unioniste pour enjoliver les pratiques universalistes. Le nassérisme n’était-il pas un flux expansionniste caché par un masque de l’unité arabe? Et le Baassisme irakien, n’était-il pas un flux tendant à avaler le Koweït? Le nassérisme a échoué au Yémen et dans une unité obtenue au moyen d’une césarienne avec la “province nord” ou la Syrie. Il a été affecté par une défaite dans la guerre de 1967 et a abouti à une impasse économique, bien qu’il enflammait les sentiments de certaines gens dans la rue arabe.
Selon un grand penseur arabe que j’ai rencontré à Carthage, après avoir assisté à un festival annuel particulièrement bien organisé, le premier problème des Arabes, auquel nous ne savons pas comment rechercher une solution depuis la création d’Israël, réside dans les relations arabo-américaines. Il y a eu l’Union soviétique, la guerre froide et chaude, les tiraillements entre les deux blocs et le partage des parts entre les deux pôles. Les parties qui gravitaient dans le giron américain ont gagné dans les années 90 après la chute du mur de Berlin.
Cette profonde transformation dans la structure de Yalta ne s’est pas répercutée, positivement, sur les Etats arabes ayant des intérêts américains, ni sur leurs droits perdus en Palestine et ailleurs. Ils n’ont pas réussi à améliorer les conditions de leur attachement à l’Amérique. Le déséquilibre s’est maintenu dans les relations bilatérales, spécialement au niveau de l’influence sur les options régionales de Washington. La sécurité israélienne est restée la première obsession de toutes les Administrations successives, en dépit des divergences formelles.
Naturellement, nous n’avions pas besoin de Zbignew Brezinsky pour savoir que la terre est parfois plus capable de résister aux gens qui y sont assis, qu’ils soient ses propriétaire ou de passage. Telle était la situation à Gaza; avant la bande, Jérusalem, le Golan, le Liban-Sud et le Sinaï. Ce sont des espaces difficiles à judaïser. Louis Aragon n’a-t-il pas dit, en pleine invasion soviétique, que “la terre est plus forte que les textes et que ceux qui les rédigent?”
Donald Rumsfeld dit que “l’invasion de l’Irak a poignardé l’image de l’Amérique dans le monde” (8 février dernier). Quant à Brezinsky, conseiller de la sécurité nationale sous le mandat de Jimmy Carter, il qualifie d’erronée la décision de la guerre et de grande catastrophe, la gestion de la situation d’après guerre. Nous n’évaluerons pas ce qu’a dit Nahoum Tchomesky autour de l’invasion; c’est un réquisitoire parfait.
Sur les décombres de cet échec, le président Bush a sorti de son chapeau l’initiative du “Grand Moyen-Orient”, en vue de le réformer et d’y instaurer la démocratie. Qui peut croire à ces thèses, au moment où nous avons pris connaissance du modèle démocratique” instauré par les Américains en Irak? C’est un soudoiement des tribus, l’achat des consciences d’un nombre de notables, la relance du rôle et de l’influence des instances religieuses, la réactivation des forces fondamentalistes, la montée des politiques pluralistes et le vidage de tout projet réformateur de son contenu.
Seul Oscar Wilde peut parler de cette situation avec son style sarcastique, surtout après l’achèvement de la Constitution à la dimension communautaire et ethnique, aux dépens de l’unité de l’Irak. |