Pour un grand coup, c’en fut un et de taille. M. Detlev Mehlis, président de la Commission internationale chargée d’enquêter sur l’assassinat du président Rafic Hariri, l’a donné en faisant émettre des mandats d’amener contre quatre anciens responsables des organismes sécuritaires: les généraux Jamil Sayyed, Moustapha Hamdane, Ali Hajj, Raymond Azar et un ex-parlementaire, Nasser Kandil.

Le président Lahoud en conversation avec les congressmen américains.
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Conduits au siège de ladite commission, sis à Monte Verde, les cinq suspects ont été soumis à de longs interrogatoires qui se sont poursuivis jusqu’à l’aube de mercredi, avant d’être déférés devant le juge d’instruction “pour prendre à leur encontre les mesures adéquates”.
Trois autres officiers et le frère du brigadier Hamdane ont été, également, interpellés par la commission d’enquête, étant impliqués dans une affaire de caches d’armes en rapport avec le dossier principal.
M. Mehlis devait donner, hier jeudi, une conférence de presse à l’hôtel Printania (Broumana) pour faire le point de ses investigations (voir pages 18-19).
Le président Sanioura recevant M. Detlev Mehlis.
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Saad Hariri “Qui tue Rafic Hariri peut
assassiner sa famille”.
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RAPPORT PRÉLIMINAIRE ET FINAL
M. Mehlis avait présenté, la semaine dernière, un rapport préliminaire à M. Kofi Annan, secrétaire général des Nations unies, tout en exprimant le souhait de voir proroger sa mission de quelques semaines, en promettant de remettre son rapport final fin septembre. A l’issue d’une séance à huis clos tenue par le Conseil de sécurité, son président, Kenzo Ohima, ambassadeur des Philippines, a déclaré que les membres du Conseil avaient pris connaissance de la teneur du rapport préliminaire et, en se disant satisfaits de la tournure prise par l’enquête sur l’attentat du 14 février, ils ont exprimé le souhait que le rapport final révèle toute la vérité sur cette affaire criminelle.
Après avoir fait émettre des mandats d’amener à l’encontre des cinq suspects, M. Mehlis a conféré, successivement, avec les chefs de l’Etat et du gouvernement, ainsi qu’avec le ministre de la Justice.
Dans le même temps, le chef du gouvernement présidait une réunion à laquelle ont participé, MM. Yaacoub Sarraf, ministre p.i. de la Défense; Hassan Sabeh, ministre de l’Intérieur et des responsables des orga-nismes sécuritaires.
A l’issue de la réunion, le président Sanioura s’est adressé aux Libanais, donnant lecture d’un message écrit où il a rassuré les citoyens, dont certains appréhendent la révélation de la vérité sur l’assassinat de l’ancien chef du gouvernement.
“Ceux qui ont fait l’objet de mandats d’amener, sont suspects et ont été interrogés à l’effet de tirer au clair tous les détails en rapport avec cette affaire criminelle.
“Nous avons pleine confiance dans la personne de M. Detlev Mehlis et, contrairement, à ce que d’aucuns craignent, le pays ne court aucun risque. Mais je peux assurer que la foudre s’abattra, uniquement, sur la tête des criminels”.
Lahoud: “Hamdane est l’un
des meilleurs officiers”
De son côté, en recevant une délégation de congressmen américains, le président Emile Lahoud a mis en garde contre les accusations qui sont portées contre les responsables des organismes sécuritaires, disant “qu’ils restent innocents jusqu’à preuve du contraire”.
Du brigadier Hamdane, chef de la Garde présidentielle, le chef de l’Etat a dit: “C’est l’un des meilleurs officiers de l’Armée libanaise qui s’est toujours signalé par son esprit de discipline. Il m’a sauvé la vie ainsi qu’à plusieurs de ses collègues de toutes les communautés, lors des événements ayant eu lieu en 1983”.
En réponse aux questions des congressmen US, le président de la République a dit avoir encouragé le gouvernement à procéder, dans le plus bref délai, à des réformes dans les domaines politique, administratif, financier et économique, sans omettre de mettre l’accent sur la nécessité de renforcer la sécurité du pays et des citoyens. Le président Lahoud a exprimé le souhait de voir la communauté internationale, les Etats-Unis en tête, aider le Liban à garantir sa sécurité et sa stabilité.
De plus, il a réaffirmé son attachement au dialogue en tant qu’unique moyen pour atteindre les objectifs que souhaitent tous les Libanais, étant persuadé du fait que “la force n’a jamais assuré des solutions équitables mais, au contraire, a valu au pays plus de destruction”.
Il a, également, réitéré sa détermination “à normaliser les relations avec la Syrie, dans le cadre du respect mutuel de l’indépendance et de la souveraineté”.
QUID DE L’IMPLANTATION?
Le président Lahoud n’a pas manqué d’évoquer devant les membres du Congrès US le conflit du Proche-Orient, en général, tout en insistant sur la nécessité de trouver une solution valable à la question des réfugiés palestiniens. “Tout projet de règlement de la crise proche-orientale, a-t-il affirmé, restera inefficace, s’il ne prévoit pas une solution au problème des Palestiniens de la diaspora, ainsi que la restitution des territoires occupés en Syrie et au Liban, ainsi que le stipulent les résolutions de la légalité internationale.
“Le Liban, a poursuivi le président Lahoud, est toujours affecté par les développements de la conjoncture régionale. Aussi, souhaite-t-il, que le retrait de la bande de Gaza par Israël, marque le début d’un règlement du conflit régional, sur base d’une solution juste et globale, la cause palesti-nienne étant la base du conflit arabo-israélien”.
Le chef de l’Etat a dénoncé, d’autre part, toutes sortes de pressions qui sont exercées sur le Liban et d’autres pays de la région arabe. Mais demeure confiant dans la capa-cité du peuple libanais de sauvegarder son unité, sans laquelle il ne peut mettre en échec tous les complots. Evoquant les dossiers économico-financiers, le président de la République émet ces réflexions: “L’économie nationale ne peut être consolidée qu’à travers une stabilité politique et sécuritaire. Ceux qui tentent de la compromettre, ont recours à des actes terroristes pour ébranler les secteurs productifs, contraindre les Libanais à s’expatrier et, partant, à compromettre la formule conviviale qui distingue ce pays de tous les autres, devenu l’endroit naturel pour l’interaction des civilisations”.
En réponse à une question, le président Lahoud a dit: “Le pari sur l’éveil des Libanais et leur prise de conscience de l’importance de leur patrie, sont les principales garanties quant à sa préservation contre les projets séditieux que favorise la situation prévalant en Palestine et en Irak”.
SAAD HARIRI: “J’AI REÇU
DES MENACES DE MORT”
De son côté, M. Saad Hariri, député de Beyrouth, qui se trouve à Paris, en même temps que plusieurs autres hommes politiques, dont MM. Walid Joumblatt, Farid Makari, vice-président de la Chambre; Gebrane Tuéni et Marwan Hamadé, il a justifié sa présence dans la capitale française par le fait qu’il a reçu des menaces de mort. “Quiconque parvient à assassiner Rafic Hariri, dit-il, est capable de tuer son fils Saad et toute sa famille.
“Je suis ici, a-t-il ajouté, pour assurer ma protection et, aussi pour effectuer des contacts à propos de l’évolution de la conjoncture régionale”.
A propos de la convocation d’anciens responsables des organismes sécuritaires pour les besoins de l’enquête sur l’attentat du 14 fé-vrier, le chef du “Courant du Futur” se limite à dire: “C’est le début de la fin et nous attendons que la vérité éclate après plusieurs mois d’attente. J’ai entière confiance dans la commission internationale d’enquête et, spécialement dans son président, M. Detlev Mehlis qui œuvre, nuit et jour, pour identifier les criminels ayant assassiné l’homme libano-arabe, le président Rafic Hariri”.
M. Saad Hariri s’attend à l’arrestation d’autres prévenus. “Cinq ont été déférés en justice et on doit s’attendre à ce que d’autres soient arrêtés. Attendons donc de voir ce que fera le juge Mehlis. Le plus important pour nous est de savoir qui a assassiné Rafic Hariri, en visant à travers sa personne d’assassiner le Liban et son arabité sans y parvenir; s’il plaît à Dieu, la vérité finira par éclater au grand jour”.
Voici, par ailleurs, des extraits d’une interview que M. Saad Hariri a accordée au “Monde”:
Certains, au Liban, disent ne pas faire confiance à la justice libanaise et souhaitent que l’affaire soit traduite devant un tribunal international. Partagez-vous leur avis?
C’est une question de manque de moyens. La justice libanaise est en pleine restructuration et l’assassinat de Rafic Hariri n’est pas une petite affaire. Ayant une dimension nationale et arabe, elle doit être jugée de façon adéquate. Si un tribunal international s’avère nécessaire, alors soit! Nous avons besoin de résultats. Cette affaire requiert fermeté et détermination. Si, une fois la vérité établie, elle est jugée à la légère, alors nous aurons donné un feu vert à tous les criminels pour qu’ils commettent d’autres crimes. La communauté internationale peut nous aider.
Walid Joumblatt a déclaré qu’il s’attendait à d’autres interpellations, voire à la démission du président de la République, Emile Lahoud, avant la fin de son mandat. Partagez-vous son avis?
Nul n’est au-dessus des lois. L’enquête révèlera les auteurs du crime. Quels qu’ils soient, ces derniers devront payer le prix de leur acte.
Mais quid de l’éventuelle démission de M. Lahoud?
Je suis un homme prudent. J’attends que la vérité soit faite et tous ceux qui sont responsables devront répondre de leurs actes.
JOUMBLATT: DE GRANDES TÊTES TOMBERONT
Quant à M. Walid Joumblatt, il a déclaré que “le compte à rebours pour la révélation de la vérité commence à courir”. Le chef du PSP s’attend à plus d’arrestations et à la fin du mandat présidentiel “je m’attends, aussi, à ce que de grandes têtes tombent dans notre pays”.
A Beyrouth, le bloc parlementaire du “Futur” a diffusé un communiqué, dont lecture a été donnée par M. Eido, dans lequel il réitère sa confiance dans la commission internationale d’enquête et dans son président, M. Mehlis. Le communiqué s’attend à ce que le rapport final révèle toute la vérité sur l’assassinat de Rafic Hariri. “A cette condition, le Liban jouira de la stabilité et il sera mis un terme à la série des explosions et des attentats”.
Kandil, premier surpris...
Quant à M. Nasser Kandil, ancien député, qui n’a pas été trouvé dans son appartement lundi matin, il est revenu le jour-même de Damas, pour se présenter devant les enquêteurs internationaux. Au poste-frontière de Masnaa, l’ancien parlementaire a déclaré aux nombreux reporters de presse qui l’y attendaient: “Dès que j’ai été informé du mandat d’amener, j’ai interrompu mon séjour en Syrie pour fournir les renseignements dont je dispose au sujet de l’assassinat du martyr de l’arabisme, Rafic Hariri”.
M. Kandil a insinué que certains pourraient chercher à l’impliquer dans l’affaire Hariri, di-sant qu’il est le premier surpris de son interpellation par la commission d’enquête. “Certains, poursuit-il, voudraient engager ladite commission sur une mauvaise voie et l’induire en erreur”.
Les craintes de Hoss
Par ailleurs, le président Salim Hoss a émis des craintes quant à l’issue des investigations en cours. “Il n’est pas permis, dit-il, que les résultats d’une enquête déterminent le sort d’un peuple et d’une patrie. Il faut redouter le fait que ce qui a été planifié pour l’Irak s’applique maintenant au Liban... Puis, qu’est-ce qui garantit la neutralité du rapport international?”.