La troisième voie arabe au Liban entre la stratégie de Washington et les projets de l’Iran!
Par Melhem KARAM

Les hommes politiques français parlent presque d’une même voix, de la perplexité de l’Administration américaine. Hubert Vedrine, ancien chef du Quai d’Orsay, observe la “capitulation” du président Bush face aux “faucons” de la guerre froide qui ont sorti brusquement de l’armoire de l’Histoire et fait reluire leur visage: Henri Kissinger, James Schlesinger, membre du “Conseil de la politique défensive” attaché au Pentagone, en plus de l’ancien président dudit “conseil”, Richard Bird, qui œuvre en coordination avec Donald Rumsfeld, ministre de la Défense et le vice-président Dick Cheney. Le dénominateur commun entre les cinq, abstraction faite de leurs positions officielles, est leur tendance à utiliser la force à la place de l’action politique dans les relations avec les Arabes et les Asiatiques, en général, tout en considérant que le pétrole est le sang dont s’alimente la force. Ce n’est pas par hasard que le brain-trust de Bush a un background pétrolier, à commencer par le président lui-même et son vice-président, Dick Cheney dont la société “Halliburton” s’est illustrée par ses scandales; Condoleezza Rice, chef du Département d’Etat et certains de ses conseillers.
Naturellement, les événements du 11 septembre 2001 et les séquelles qu’ils ont laissées sur le prestige américain, son modèle capitaliste et le nerf de sa puissance économique, ont attisé la tendance vers la force et la domination de la carte moyen-orientale en tant que mine de l’avenir. Ils en ont ébranlé les piliers, comme c’est le cas en Irak.
De cet angle précis, l’observation de l’arabisant Yevgheni Primakov, acquiert de l’importance et de la crédibilité. Ce diplomate et ce superespion qui a publié un ouvrage sur la se-conde guerre du Golfe en 1992, dit: “L’Administration du président George Bush veut davantage que la tête du régime irakien”. C’est que la guerre qui a invoqué divers prétextes pour être déclenchée contre Bagdad, est soutenue par une machine médiatique formidable et aussi par une armada qui ne jouissait d’aucune popularité, même au sein du Capitole et dans les milieux du parti républicain, sans omettre son rejet par la majorité britannique, que ce soit à l’intérieur du parti travailliste, où le courant de Ruben Cook et Gordon Brown ont rassemblé plus de partisans qu’au niveau de l’Eglise anglicane influente, laquelle a mis en garde Tony Blair contre les implications de son suivisme. Elle a qualifié son projet spartiate contre l’Irak “d’amoral et d’injustifié”. La contagion de la mise en garde a atteint, il y a quelques jours, l’ancien conseiller de la sécurité nationale du temps de Bush Senior, Brent Scrowcroft, auteur d’un ouvrage documenté sur la seconde guerre du Golfe. Il signale les périls d’une guerre appelée à ranimer la flamme d’un nouveau terrorisme contre les Etats-Unis.
Il ne fait pas de doute que l’invasion de l’Irak a été une opération stratégique sans précédent. Ceux qui lisent les études des centres de recherches américains, dont “Rand Corporation” constatent, sans doute, que le changement à Bagdad a été un tremplin pour une nouvelle carte géopolitique régionale. Les cerveaux juifs n’ont pas proposé, vainement, le fédéralisme en Irak. De même, les Turcs, alliés des Américains, ont rejeté cette formule. Le modèle fédéral n’a pas eu son pareil dans la région, car il est étranger à sa dynamique historique et est appelé à faire exploser l’entité turque, où la minorité kurde excède 12 millions, alors que la minorité alaouite approche, également, de 12 millions. En plus d’autres mosaïques de minorités vivant dans une situation politique ambiguë. On a dit que la participation d’Ankara aux Casques bleus au Liban-Sud, a pour objectif d’arracher l’approbation américano-européenne à son entrée au nord de l’Irak et au démantèlement de l’entité séparatiste kurde instaurée par les alliés Massoud Barzani et Jalal Talbani. Sa contagion pourrait atteindre le sud-est de la Turquie, où la majorité kurde est établie. Le retour des attentats sur les plages de la mer Marmara n’est pas un hasard en ce temps précis.
Les lignes se rejoignent donc à l’intérieur du panorama géostratégique unique du Sud du Liban au nord de l’Irak, alors que le conflit des équivalences et des rôles est à son paroxysme. Ce à quoi a fait allusion Zbigniew Brejinskjy, ancien conseiller de la sécurité nationale sous le mandat de Jimmy Carter, d’origine polo-naise, dans un article publié au Washington Post, considéré comme une suite de son livre-référence: “Le grand échiquier”.
Un diplomate arabe a dit trois années après l’invasion du pays du Rafidain et le glissement vers un grand marécage sanglant: “Pourquoi les points d’interrogation?”
La question n’a pas consisté en la possession, par l’Irak ou pas, d’armes stratégiques prohibées. L’information arabe est prête à travestir la vérité. Ou à faciliter la frappe de l’Irak et de la Palestine, sans se soucier de toute inquiétude ou réaction arabe. Ce qui frappe dans la question nord-coréenne, est que sa voisine sud-coréenne est l’alliée de Washington et bénéficie de sa protection à travers des dizaines de milliers de soldats répartis sur la ligne de démarcation.
Il ne fait pas de doute que la situation arabe vit dans un état surréaliste. Il suffit de revenir au rapport du développement arabe publié par les Nations-unies (“Al-Hawadess” lui a consacré une approche dans une récente livraison), pour découvrir la situation des Arabes. Afin de réactiver le rôle arabe, l’Arabie saoudite a lancé un appel courageux, visant à réformer les affaires du foyer arabe ayant pour axe la solida-rité à la place de l’unité qui n’a engendré que des fractures et des états séparatistes.
L’appel saoudien est plus crédible que les leçons de Rice en démocratie. Le concept américain de la démocratie n’est pas valable pour notre terre et nos sociétés, parce qu’il repose sur des règles carnavalesques manquant de données culturelles et humaines.
Nous avons expérimenté la “démocratie du cow boy dans l’Iran du Chahinshah et Israël, piégée par la corruption et les conflits entre les “Séfaradims” et les “Eshkinazes”, le jeu des transactions, des marchés et des trottoirs. Nous avons notre démocratie émanant des spécificités de notre Histoire qui ne brûle pas les étapes. Et ils ont leur démocratie!

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