Monte Carlo Doualiya: le changement dans la continuité
Entretien avec Philippe Beauvillard, directeur général

Depuis le début de ses émissions en 1972, Radio Monte Carlo Moyen-Orient est devenue l’une des premières radios panarabes. Bien installée dans le paysage médiatique du Proche-Orient, cette radio du Groupe Radio France Internationale diffuse sur l’ensemble du monde arabe, du Maghreb jusqu’au Golfe et est écoutée par près de 11 millions d’auditeurs. A la veille de son trente-cinquième anniversaire, RMC-Moyen Orient a changé de nom et s’appelle, désormais, Monte Carlo Doualiya. A cette occasion, son directeur général, Philippe Beauvillard a bien voulu répondre à nos questions.

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A partir de la droite: Mme Alia Kdeih, responsable des programmes;
MM. Georges Naufal, rédacteur en chef; Schwartz, PDG RFI;
Philippe Beauvillard, Mme Catherine Calvet.

Radio Monte Carlo Moyen-Orient est devenue Monte Carlo Doualiya. Pourquoi ce changement de nom?
Ce changement s’inscrit dans une forte continuité: il maintient la référence à Monte Carlo, qui reste la base d’identification et de notoriété de la chaîne dans sa zone de diffusion. Mais, le nouveau nom exprime l’affirmation renforcée de l’identité arabophone, par l’adjonction d’un terme arabe “doualiya” qui, dans la version française même, est transcrit mais non traduit. On exprime ainsi l’identité arabe de la radio.
Par ailleurs, nous affirmons notre appartenance au groupe Radio France Internationale, à la fois sur le plan visuel et dans le choix du terme “doualiya” lui-même. Cette évolution n’est pas de pure forme. Des raisons circonstancielles, juridiques et pratiques nous ont amenés à changer de nom, le risque provenant d’une confusion avec la chaîne de radio généraliste Radio Monte Carlo qui est diffusée en France. Tant que nous ne diffusions qu’au Proche-Orient, le risque de confusion n’existait pas. Par ailleurs, RMC était exclusivement diffusée en France et, d’une façon réduite, aujourd’hui les diffusions des deux radios s’élargissent. Il était donc nécessaire de bien marquer notre identité, pour permettre de poursuivre le développement de la radio en toute sécurité juridique et sans confusion, y compris sur Internet, puisqu’il pouvait là aussi y avoir une sorte de confusion entre les deux sites.

Pas de changement dans l’identité
Y a-t-il un changement dans les programmes?
L’identité de la radio n’est pas mo-difiée et la nouvelle grille des programmes n’est pas liée au changement de nom. Nous avons simplement une conjonction de calendrier qui permet de relancer la promotion de la radio et de lancer un certain nombre d’innovations.
Du côté de l’information, nous avons voulu privilégier un accompagnement plus systématique de l’auditeur, avec notamment l’introduction de flashes d’information à la demi-heure. Tout au long de la journée, en dehors même des grandes tranches consacrées à l’information, on a un accompagnement d’information allant de l’ouverture de l’antenne à sa fermeture. Le deuxième volet touche le traitement même de l’information: on souhaite revenir à davantage de direct, plus d’ouverture vers l’extérieur et plus de reportages. Nous avons la volonté de saisir l’occasion de présence sur le terrain, avec des opérations de délocalisation d’antenne.
Donnez-vous aussi de l’importance à la parole de l’auditeur?
Cette dimension existe déjà. Nous l’avons renforcée depuis deux ans et reste une orientation importante des programmes. Cet aspect d’interactivité se retrouvera plus du côté des programmes, que de l’information. Par ailleurs, nous avons essayé de donner plus de rythme en raccourcissant la durée des émissions, plus de variétés en introduisant des thèmes qui n’existaient pas précédemment, par exemple un magazine santé, une émission de musique classique et une ouverture vers le jeune public avec le “magazine des ados”.

Politique d’ouverture vers les jeunes
Vous avez créé, il y a un an, le Prix de la musique; cela s’ins-crit dans cette logique d’ou-verture?
En 2006, Radio Monte Carlo Moyen-Orient a créé le Prix Musique avec le soutien de l’Union européenne. Cette initiative a connu un succès notable, tant par le nombre des candidatures, que par la qualité des artistes sélectionnés. Nous avons décidé de renouveler ce concours en 2007. Ce prix a pour vocation de promouvoir de nouveaux talents du Maghreb et du Proche-Orient et de favoriser le développement de leur carrière. Bien entendu, cela fait partie de notre politique d’ouverture vers les jeunes du monde arabe. Le concours est ouvert aux artistes ou groupes musicaux de moins de 30 ans ayant ou non commercialisé un album. Toutes les candidatures devront nous parvenir avant le 15 avril 2007. Monte Carlo Doualiya procèdera à la sélection des trois meilleurs candidats finalistes retenus. A l’issue d’une première sélection; ils seront invités à se produire lors d’un concert en Jordanie, à l’issue duquel sera désigné le lauréat du “Prix Monte Carlo Doualiya Musique 2007”. L’artiste ou le groupe lauréat sera récompensé par un prix de 6.000 euros, participera à un concert à Paris et bénéficiera d’une promotion internationale sur le marché du disque.

Place importante aux événements culturels
RMC a été créée pour établir un lien culturel et politique entre la France et le monde arabe; pensez-vous y être arrivé?
C’est le but que nous poursuivons. Sur le terrain culturel, je pense que nous jouons bien ce rôle, les événements culturels étant extrêmement présents à l’antenne. La couverture de ces événements, que ce soit en France ou dans les pays arabes, a une place importante.
Des partenariats en terme de communication et de promotion sont présents dans de très nombreux festivals se déroulant dans les pays arabes. C’est, effectivement, un axe très important. Pour la dimension politique, elle est moins immédiate. C’est par l’expression d’une présence et d’un intérêt par la nature et les thèmes traités à l’antenne que nous pouvons remplir notre rôle.
Y a-t-il une sorte d’autocensure concernant les thèmes politiques traités?
Je ne le crois pas. De toute manière, ce n’est pas la ligne éditoriale de la radio. Que chaque journaliste, individuellement, puisse ressentir le besoin de censurer ses paroles, est une autre chose. Il n’y a pas de tabou en termes de ligne éditoriale. Nous demandons, surtout, le respect des règles de déontologie et de rigueur professionnelle, que ce soit dans le traitement de l’information ou, plus subtilement, dans l’usage du vocabulaire employé; de ne pas induire l’idée d’une prise de position. Mais, évidemment, nul n’est à l’abri d’un dérapage.

Entretien avec Zeina el-Tibi
(Paris)
Article paru dans "La Revue du Liban" N° 4098 Du 24 Au 31 Mars 2007
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