Au “mur” de Sharon en Cisjordanie
fait face le “mur” de Bush à Bagdad
Par Melhem KARAM

La guerre d’Irak s’est transposée au “Capitol Hill”, mettant en confrontation les partis démocrate et républicain. Cependant, le président Bush qui estime seul que la situation s’améliore à Bagdad, s’en tient à ses prérogatives et n’admet aucune modification, spécialement dans le sens de les restreindre. Il a dit à sa principale concurrente, leader du parti démo-crate, Nancy Pelosi: “Nous avons combattu les Anglais pour l’indépendance et les prérogatives du président. Il n’est pas question de revenir en arrière”. Il y a lieu de rappeler que les précédents présidents du Congrès, tels Alexander Hamilton, James Monroe et Nataniel Warham ont pensé, sérieusement, couronner un roi aux Etats-Unis. Le prince russe Henri, frère du roi Frédérick II, a reçu une offre en ce sens en 1786. George Washington a renouvelé l’offre quand il assumait les charges de commandant de l’armée, soit près de neuf ans avant d’accéder à la présidence. Cela signifie que le complexe de la royauté ou de l’empire, comme le répétait Jacques Servan-Schreiber, a influé sur l’autorité supérieure américaine, depuis que le pays était formé de treize Etats seulement; la carte devait se compléter, ultérieurement, avec ses cinquante Etats.
André Fontaine écrit dans “Le Monde”: “L’insistance de Bush à conserver toutes ses prérogatives impériales, est le prolongement d’une philosophie américaine qui a été adoptée par tous les présidents qui ont pratiqué la duplicité dans la gestion des politiques et sont entrés dans la fournaise des guerres. Tel était le cas avec Woodrew Wilson durant la première conflagration mondiale et Franklin Roosevelt durant la Seconde Guerre. La raison est que le gouvernement effectif, celui qui prend les grandes décisions aux Etats-Unis, est le complexe militaro-industriel, non le locataire de la Maison-Blanche, que sa devise soit l’éléphant républicain où l’âne démocrate.
La mosaïque confessionnelle est en état de perplexité et de plainte. Cependant, les soupapes de sûreté demeurent actives jusqu’à nouvel ordre. Israël s’est retiré de l’ensemble des régions du Sud; il ne restera pas longtemps au village d’Al-Ghajar et dans les fermes de Chebaa.
La force de la puissance internationale le contraindra à se maintenir indéfiniment derrière la ligne des frontières internationales. Cela signifie une occasion d’or pour les Libanais de concrétiser le projet de l’Etat pour en finir avec la dualité et récupérer la con-fiance. Car l’ombrelle internationale pourrait ne pas durer, alors que des changements pointent à l’horizon français et américain durant la prochaine étape. Bien que les stratèges s’attendent à une longue trêve au Liban et à des explosions dans les régions du pouvoir autonome entre l’Autorité et le gouvernement, c’est-à-dire Fateh et Hamas. Le déséquilibre intérieur pourrait être suivi d’une invasion israélienne féroce de la profondeur de Gaza et ses camps, afin que la danse du désespoir se complète.
De toute façon, ceux-là ne se sont pas trop trompés en disant que le désespoir palestinien fait partie du désespoir arabe et vice-versa. Une sorte de coma emplit l’atmosphère dans le meilleur des cas, preuve en est ce qui s’est passé dans les rues de Gaza et l’échange des roquettes entre les taudis en bois des camps de Chateh, Deir el-Balah, Rafah et Jabalia.
Alors que la bande d’Olmert et, avant elle, celles de Sharon, de Barak, Rabin, Begin, Shamir et Golda Meir jusqu’au fondateur David Ben Gourion, ont tranché, définitivement, leur décision: pas d’Etat aux Palestiniens, mais des cantons, des ghettos et des îlots éloignés les uns des autres, la conséquence logique d’un tel Etat devant être l’abolition de la justification théologique et historique de l’Etat hébreu. Cette équation est apparue pour la première fois dans les textes de Moshé Sharet et a dégringolé comme une boule de neige dans le programme secret de tous les gouvernements israéliens.
Nul ne s’attend à ce que l’Administration US innove des solutions à la situation actuelle. Le pourrissement marque l’étape, accompagné d’explosions volcaniques, de liquidation de comptes et de guerres d’intégration. Il ne fait pas de doute que les Américains détiennent les clés de la force dans la région. Mais le général Robert Kinsington, ancien chef d’état-major des forces communes, n’a-t-il pas dit: “Je sens parfois que nous devons combattre le mirage?”. A présent, l’Administration américaine se heurte au mirage des sables mouvants. Le Premier ministre britannique, Tony Blair, s’apprête à quitter la scène sous la pression des difficultés, cédant sa place au ministre du Trésor, Gordon Brown. Les amateurs de parallèles historiques, le font ressembler à Anthony Eden après la campagne de Suez en 1956. Mais le président Bush insiste à aller jusqu’au bout de son aventure. Il n’y a pas de retrait à l’horizon. S’il existe une initiative palestinienne, c’est pour dissiper la tension et laisser croire que l’Administration s’occupe du conflit en Palestine. Les propos au sujet de la “feuille de route” n’ont rassuré personne, celle-ci ne conduisant pas vers la Palestine, mais vers Bagdad, d’autant qu’Olmert, après Sharon, a posé comme condition d’y introduire des centaines d’amendements pour que l’Etat hébreu l’accepte. C’est une fuite en avant.
De là, la paix de Bush est un leurre enveloppé d’intentions blanches, sa guerre irakienne étant une aventure appelée à introduire le Moyen-Orient et le monde dans un chaos sans précédent. Car elle constitue une violation de la charte des Nations unies et de leurs lois. C’est pourquoi, le Français Jean-François Revel a dit: “Ce qui se passe aux Nations unies, se traduit par le fait que de grands Etats comme la Chine, la Russie et la France veulent intégrer l’Iran et l’empêcher de posséder l’arme nucléaire, mais ils veulent, aussi, intégrer les Etats-Unis... Ces Etats ne veulent pas que Washington déclenche une guerre contre une région riche en pétrole, car cela ouvre la porte à des développements militaires à l’avenir”.
Que reste-t-il de la politique quand elle devient mensonge et fumisterie à ce niveau? L’Iran qui gravite sur la scène internationale et poursuit la “fertilisation”, profite du machiavélisme américain en Irak comme des erreurs politiques et morales; de même que de la régression du crédit intérieur de Bush, pour s’imposer en tant que “grande puissance” dans la région, sauf si la Maison-Blanche décide d’engager une aventure militaire, profitant à son tour des erreurs de l’étape irakienne. L’équilibre de la terreur se poursuit, les futurs chapitres devant être plus excitants... jusqu’en 2008, avec la sortie de George Bush de la Maison-Blanche.

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