En mémoire de Melhem Karam
En première ligne pour environ un demi-siècle

Si nous tenons compte que quelqu’un a présidé l’Ordre des journalistes libanais pour environ un demi-siècle.

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Melhem Karam, sur tous les fronts.

Si nous prenons en considération le fait que le Liban présente une entité colorée, tant au niveau politique que confessionnel, aboutissant parfois à des luttes aussi chaudes que dangereuses.
Si nous tenons compte que, durant les cinq dernières décades, le Liban a vécu une ère pleine de crises politiques et sécuritaires.
Et si nous conjuguons les interventions régionales et internationales, ainsi que les différentes souffrances et privations endurées par le peuple, nous comprenons, alors et réalisons combien quelqu’un a besoin de tant d’énergie, de courage et de flexibilité pour rester sur le front durant 46 ans sans interruption, non seulement à organiser et à renforcer l’Ordre des journalistes, mais à préserver et à défendre les droits des journalistes, notamment la liberté d’expression.
La personne digne récipiendaire du respect et de l’appréciation panarabes, n’est autre que Melhem Karam.
Que ce soit dans la vie, en général, ou dans le domaine politique, la route la plus difficile à suivre est la voie de la modération. Et Melhem Karam, a pu, grâce à cette modération, rehausser le crédit de la Presse et la rigueur du verbe, sans trébucher et tomber dans le piège. A travers les articles et essais qu’il a publiés, il a appuyé la justice et les efforts de paix, souvent agissant comme un pont entre les antagonistes.
Pour lui, la presse était à la fois une vocation et une passion. Il a cru en son rôle constructif, notamment au niveau de l’unité, de l’harmonie et de la cohabitation entre la population.

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De dr. à g.: M. et Mme Michel Duval, ex-ancien ambassadeur du Canada à Beyrouth, M. Melhem Karam,
Dr et Mme Movses Herkelian, M. Arek Hovanessian, ancien ambassadeur d’Arménie à Beyrouth.

Ce n’est pas par hasard qu’en plus de sa qualité de propriétaire de la maison d’édition Alf Leila wa Leila, il était également propriétaire du quotidien Al-Bayrak, La Revue du Liban, le Monday Morning et le Hawadess, des magazines multilingues qui occupaient une place de choix dans les médias libanais.
Il est, également, important de noter que Melhem Karam a largement ouvert ses publications au profit du développement et de l’expansion de la littérature, des arts, de la musique, du théâtre et de la culture, en général. Les nombreux articles et pages spécialisées consacrés aux arts publiés dans ses magazines, témoignent de l’immense rôle qu’a joué Melhem Karam à ce stade.
Il a cru au pouvoir catalyseur de la culture et à sa noble mission. C’est pourquoi, il est devenu un ami et un patron de la Noah’s Ark Art Gallery et a pris l’habitude de participer à toutes ses activités, plus particulièrement les expositions de jeunes artistes, qu’il a réellement encouragés en paroles et en actes. Son verbe était percutant et clair. Sa réthorique, un art en elle-même. Le peintre Paul Giragossian appréciait grandement sa maîtrise de la langue arabe, disant: “Rares sont ceux dans le monde arabe qui maîtrisent la langue arabe comme Melhem Karam. Il a un riche vocabulaire et des expressions flexibles, tout comme un style original”.
Paul Giragossian et Melhem Karam étaient de vrais amis et partageaient plusieurs idées. L’un par le biais de son art, l’autre à travers sa plume, étaient les amis des opprimés. Les deux causes arabe et arménienne les ont grandement intéressés. Ils ne se contentaient pas de suivre leur développement, mais ont contribué aux efforts menant à un juste règlement.
La perte et l’absence de Melhem Karam est douloureusement ressentie, car aujourd’hui, peu de figures peuvent joindre les courants politiques des Arabes avec les partis libanais.
Il a laissé un message qui s’adresse particulièrement aux jeunes journalistes: “Soyez courageux; n’ayez pas peur de la vie et des erreurs humaines. Transformez vos plumes en une arme pour défendre et attaquer”.
La grande popularité dont il jouissait et son vaste réseau de relations, lui offrirent de grandes opportunités pour intégrer l’arène politique et y accéder.Mais il a su que sa place et son rôle sont dans les médias, meilleur moyen pour servir sa patrie et son peuple. Ignorant ambitions et désirs, il est devenu le porte-parole des gens qui l’ont accompagné à sa terre avec tous les respects qui lui sont dus.
Il a hérité de son père la torche médiatique de la façon la plus digne, avec le même sens de la responsabilité, il l’a transmise à ses héritiers.
Que sa mémoire soit bénie!

Movses Zirani
Article paru dans "La Revue du Liban" N° 4265 - DU 5 AU 12 JUIN 2010
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