Dès le début de la semaine, le palais de Baabda s’est attelé aux préparatifs du 65ème anniversaire de l’indépendance, dont la célébration, selon la coterie du palais présidentiel, sera différente de celles qui l’ont précédée. Le chef de l’Etat prononcera, dit-on, un discours axé sur les dossiers requérant des solutions urgentes consignant sa vision des sujets faisant l’objet de tractations sur la table du dialogue et du Conseil des ministres. Il insistera, notamment, sur la réconciliation nationale et sur la nécessité de renforcer le climat d’apaisement, “afin que les élections législatives du printemps rassemblent plus qu’elles divisent les citoyens”.
Au cours du dernier Conseil des ministres, qui s’est ouvert dans une atmosphère lourde et quelque peu électrisée, le président Sleiman était parvenu à dépassionner le débat qui portait sur deux sujets litigieux, en rapport avec la récente visite du ministre de l’Intérieur à Damas et, surtout, de l’intention prêtée au ministre des Télécoms, de procéder à un accord de gré à gré, en vue de la nouvelle gestion du réseau du cellulaire.
Le chef de l’Etat a rappelé que le ministre de l’Intérieur s’était rendu dans la capitale syrienne après avoir obtenu le feu vert du Conseil des ministres, ses pourparlers avec son homologue syrien étant allés dans le sens du sommet Sleiman-Assad du 13 août dernier. Les deux hommes d’Etat étaient tombés d’accord sur la nécessité de relancer la coordination entre les deux pays sur les plans militaire et sécuritaire, pour mieux lutter contre le terrorisme, fléau qui les menace. Le débat ministériel a débouché sur la formation d’un comité de suivi, ayant pour charge de tirer au clair les résultats de la visite du ministre de l’Intérieur sur les bords du Barada.
Le président de la République a, également, désamorcé ce que certains appelaient la “bombe du cellulaire”, allusion à l’intention prêtée au ministre des Télécoms de procéder au moyen d’un accord de gré à gré, à la gestion du cellulaire. Le Conseil des ministres, à la demande du chef de l’Etat, a chargé le ministre, Gebran Bassil de confier aux sociétés Alfa et Mtc le soin de poursuivre leurs activités, en attendant qu’une solution soit adoptée, sans faire subir de préjudice au Trésor.
MESSAGE PRÉSIDENTIEL D’UN GENRE SPÉCIAL
Pour en revenir à l’anniversaire de l’indépendance, les milieux proches du palais de Baabda, rapportent que le message présidentiel consignera les résultats des visites effectuées par le président Sleiman dans plusieurs pays depuis son entrée en fonctions et qu’il doit poursuivre dès le 24 novembre, en se rendant en Iran et en Allemagne, à la suite d’invitations officielles.
Dans son message, le président de la République s’adressera aux Libanais, pour leur demander de s’engager sans réserve dans l’action en faveur de l’indépendance; à œuvrer dans l’intérêt de la patrie et à le faire prévaloir sur les intérêts partisans, sectaires ou personnels.
Puis, le président Sleiman mettra l’accent sur une large ouverture du côté de la Syrie, partant du fait que des relations normales entre les deux pays voisins, seront profitables à l’un et à l’autre, d’autant que la présence d’un ennemi commun à leurs frontières, doit les inciter à unir leurs efforts pour l’affronter, déjouer ses agressions et ses complots.
Le chef de l’Etat passera en revue les réalisations accomplies au cours des derniers mois sur le plan sécuritaire, grâce à une coopération parfaite entre l’Armée et les forces de sécurité intérieure, appelant le peuple libanais à soutenir ces deux institutions pour mieux les aider dans leur lutte contre les groupes terroristes, partant du fait que “sans une armée forte et active, le pays est menacé par bien des périls”.
TOURNÉE ARABE DE BERRI
Par ailleurs, le président Nabih Berri a effectué, cette semaine une tournée arabe qui l’a conduit du Koweït, au Qatar. Son but essentiel: collecter des fonds pour poursuivre le déminage des zones où abondent les bombes à sous-munitions lâchées par l’aviation israélienne lors de la guerre de juillet 2006. Et aussi, afin de remercier les responsables des pays visités de leur soutien au Liban dans tous les domaines.
Au cours d’un entretien avec le prince héritier du Koweït, cheikh Nawaf el-Ahmed As-Sabah, celui-ci a interrogé le président Berri sur ses impressions concernant la situation dans la principauté et le chef du Législatif de répondre: “Elle ne diffère pas de celle qui prévaut chez nous. J’ai l’impression que le Liban a contaminé le Koweït. Non seulement au plan politique, mais médiatique aussi”, a observé l’héritier du trône, en invoquant la prolifération des quotidiens et des chaînes de télévision dans l’émirat.
M. Berri a conféré avec son homologue koweïtien, Jassem el-Khorafi et le Premier ministre, cheikh Nasser Mohamed el-Ahmed As-Sabah. Il a, également, échangé les vues sur des questions d’intérêt commun avec le Premier ministre, en présence des ministres de la Défense, de l’Intérieur et le ministre d’Etat pour les affaires de la présidence du Conseil.
A l’issue d’une audience accordée par l’émir du Koweït, cheikh Sabah el-Ahmed al-Jaber As-Sabah, le président de la Chambre, a déclaré avoir effectué un tour d’horizon avec son éminent hôte sur la situation dans le monde arabe, en général, en mettant l’accent sur “la nécessité d’un rapprochement syro-saoudien”, partant du fait que “le Koweït est en mesure de jouer un grand rôle à ce niveau”.
Joumblatt aux USA
De son côté, M. Walid Joumblatt a poursuivi sa visite aux Etats-Unis, accompagné de M. Marwan Hamadé député du Chouf, membre de son bloc parlementaire. Dans la capitale fédérale, ils ont eu des entretiens avec Mme Condoleezza Rice, chef du département d’Etat et son adjoint, M. David Welsh, avant de rencontrer M. Dick Cheney, vice-président américain.
Ils avaient conféré, au préalable à Los Angeles, avec MM. John Kerry, sénateur démocrate et Martin Indick qui préside le Think Tank Brooking Institute, qui constitue avec l’administration, les décideurs du pays, regroupant des spécialistes dans divers domaines, principaux pôles moteurs de la vie américaine.
M. Ramzi Rihani, Libanais qui gravite dans ces cercles et a à cœur l’indépendance, la souveraineté et la démocratie du Liban, a offert en l’honneur de MM. Joumblatt et Hamadé un dîner auquel ont assisté les responsables les plus importants think tanks versés dans les affaires du Moyen-Orient.
A Los Angeles, M. Joumblatt a prononcé au cours d’un autre dîner, un discours en présence de personnalités américaines et de plusieurs émigrés libanais, dans lequel il a violemment critiqué les propositions du général Michel Aoun sur la stratégie défensive, tout en se prononçant en faveur d’une alliance entre les forces du 14 mars, en prévision des prochaines législatives.
D’autre part, le président Amine Gemayel a réitéré, à travers le bureau politique des Kataëb, la position du parti en faveur de la normalisation des relations avec Damas, “mais dans le cadre des institutions, plus exactement sur base des décisions que prendra le Conseil des ministres. Et ce, pour assurer l’établissement de relations entre deux Etats voisins libres et indépendants”.
Puis, répondant au général Aoun pour avoir dit que “la présidence de la République est, aujourd’hui, au Sérail et non au palais de Baabda”, l’ancien chef de l’Etat a émis cette réflexion: “Il s’agit d’une atteinte flagrante à la présidence de la République que nous devons protéger, dans l’intérêt du Liban, en général et des chrétiens, en particulier”.
Bkerké déplore la situation
sur le plan chrétien
Sur le plan chrétien proprement dit, Bkerké déplore une fois de plus, la situation si peu édifiante dans laquelle se trouve la communauté chrétienne, “cause essentielle de la récession dans laquelle le pays est plongé... Nous avons œuvré en vue de redresser la situation dans son ensemble, à partir de la position des chrétiens qui sont l’un des piliers fondamentaux du Liban”.
Dans ce contexte, la Ligue maronite, aidée du Conseil central maronite et de personnalités en vue de la communauté, s’emploit, dit-on, à convaincre M. Sleiman Frangié à rendre visite au siège patriarcal pour clôturer des dossiers litigieux. L’ancien ministre aurait donné des signes positifs et certains milieux s’attendent qu’il reprenne incessamment la route de Bkerké.
Cela dit, des personnalités étrangères de haut rang sont attendues dans les prochains jours à Beyrouth, en tête desquelles MM. François Fillon, chef du gouvernement français; Jimmy Carter, ancien chef de la Maison-Blanche; le Premier ministre de Belgique, le ministre bulgare des Affaires étrangères; Amr Moussa, secrétaire général de la Ligue arabe, en plus de M. Miliband, chef du Foreign Office, venu de Damas. Celui-ci a réitéré le soutien de son pays à la souveraineté du Liban et à sa stabilité, qualifiant sa présence dans notre pays de “visite de soutien”.
S.S. Benoît XVI et le “message fondamental du Liban”
Sur le plan diplomatique, il sied de faire état de la présentation par le nouvel ambassadeur du Liban au Vatican, le général Georges Khoury, de ses lettres de créance à S.S. Benoît XVI.
Le Saint-Père a salué le président Michel Sleiman et le peuple libanais, en émettant le souhait que ce peuple persévère dans ses efforts pour édifier une société solidaire et unifiée.
Dans sa réponse au discours du nouvel ambassadeur au Vatican, le Souverain Pontife a mis l’accent sur le fait que “le Liban est le berceau de la culture qui s’est propagée sur les rivages de la Méditerranée et loin d’elle. C’est un pays où les communautés coexistent avec fraternité et coopèrent sans réserve... De plus, l’Histoire du Liban et sa présence sur la carte régionale consolident son message fondamental dans l’instauration de la paix et la concorde au sein de son peuple et parmi ses voisins”.
Sa Sainteté a demandé à la communauté internationale “de protéger le pays du Cèdre et de faire mieux connaître sa valeur, en tant que trésor précieux qu’on doit empêcher de devenir une scène pour les conflits régionaux ou internationaux. Nous souhaitons qu’il devienne un laboratoire pour la recherche de solutions efficaces aux conflits qui ébranlent depuis longtemps cette région du globe”.
Le Saint-Père s’est félicité de l’aboutissement des efforts de pacification qui se perpétuent et portent leur fruit depuis l’élection du nouveau président de la République, la formation d’un gouvernement d’union nationale et l’élaboration d’un nouveau code électoral. “Ceci raffermit l’unité nationale et contribue à la consolider à travers le dialogue, entre les différentes composantes de la nation libanaise... En dépit des entraves, il faut persévérer dans la voie tracée par la Conférence de Doha, à l’effet de réactiver les institutions de l’Etat libanais”.
Le général Khoury a, quant à lui, transmis au Saint-Père les vœux et les salutations du président de la République, ainsi que “le désir du peuple libanais de jouir d’une vie basée sur la paix, l’amour et la justice”.
Puis, faisant état des difficultés auxquelles notre peuple s’est trouvé en butte, il a rappelé que “le Liban a pâti des implications de la cause palestinienne depuis 1948, ayant été amené à accueillir sur son territoire exigu des dizaines de milliers de réfugiés”. |