De nationalité irakienne, Alia al-Wahab expose ses œuvres récentes sur les cimaises de la galerie Surface Libre. Partant des formes du domaine de l’imaginaire, elle figure dans ses œuvres, un monde ambigu, à mi-chemin entre le réel et l’imaginaire.
Cette démarche transite par un langage plastique, qui se veut fondamentalement expressionniste et non descriptif. Il y a chez elle une forme de spontanéité qui donne à la plupart de ses réalisations une apparence d’improvisation, mais cette improvisation n’est pas affectée, elle est voulue.
Formes et signes sont réduitsà des stéréotypes
Artiste toujours en recherche, confrontée, tout au long de son parcours, aux nombreuses théories plastiques qui se succèdent de l’académisme à ces dernières années, Alia al-Wahab suit son itinéraire personnel, face à tant de propositions. Elle explore divers modes d’expression artistique, académisme, impressionnisme, symbolisme... Si, dans ses dernières œuvres, elle privilégie l’expressionnisme et le symbolisme, c’est que ces langages lui permettent de mieux se révéler à elle-même, tout en plongeant aux racines de l’art actuel. Ce qui intéresse, d’abord, ce sont les formes, signes et couleurs, qui occupent l’espace. Ses formes et signes, au cœur de son imaginaire, se réduisent à des stéréotypes à travers lesquels elle exprime ses visions, illustrant des lieux déstructurés, et des êtres démembrés, par les guerres et attentats terroristes qui ravagent depuis des décennies, son pays natal. Ainsi, elle réussit à traduire, dans un langage plastique, ces temps tragiques qui font partie de sa réalité. Elle ne se soucie pas, uniquement, d’en explorer la signification, mais il lui importe, également, de pousser loin la technique. Elle aime la matière qu’avec volupté, elle travaille.
Un souci constant de préserver un style personnel
Si Alia al-Wahab est sensible aux recherches du moment, elle garde aussi le souci constant de préserver un style qui lui est propre, avec la volonté d’aller toujours de l’avant, afin de parvenir à un langage plastique spécifiquement personnel. En observant ses dernières œuvres, on ne sait plus si l’on est toujours dans le monde du visible, ou dans un autre, apocalyptique, un univers d’enfer, embrasé par le feu des bombes, calciné ou réduit en cendres, dont les règles et les rythmes secrets prennent forme sous nos yeux. Les compositions se présentent comme de grandes nappes de couleurs, réalisées au moyen d’harmonies chromatiques chaudes ou violemment contrastées, se décomposant en de subtils dégradés, grâce à l’agencement des formes et des surfaces. A noter que les formes qui figurent dans les compositions, apparaissent épurées jusqu’à la concision et se fondent dans l’espace coloré. Formes et consistances du fond sont traités avec un sens pictural où l’intervention, des touches et des effets de textures, réalise de multiples repaires.
Cette plasticienne est une visionnaire qui explore le monde de l’âme. Elle est intuitive, penché sur sa sensibilité qu’elle traduit en images après l’avoir fait passer par le tamis des idées. Elle rebâtit un univers où les formes et figures, qui peuplent ses compositions, s’intègrent dans un monde symbolique “d’images mémoires” nées de son imaginaire.
C’est, sans doute, dans cet au-delà du réel que réside le charme évocateur de l’œuvre dans son ensemble. |