Le feu sous la cendre
Par Aline LAHOUD

Nous vivons une période de calme. Certains le disent précaire. Pourquoi précaire? Personne ne bouge. Le gouvernement est là, mais il ne gouverne pas. Tranquille, il se tient tranquille. Donc pas de grabuge de ce côté. Une politique sans couleur, sans saveur. Un chantage permanent. Des menaces diffuses. Des allusions à peine voilées à une épée de Damoclès suspendue au-dessus de nos têtes, eh! bien, ça ne nous fait pas peur.
Le fait est que nous avons une accoutumance à la peur. Ce qui nous facilite la vie. Précaire ou pas, tant qu’il y a du calme autant en profiter. Et on en profite. Les gens vaguent tranquillement, à leurs occupations. Les libertés sont plus ou moins respectées. Et le soir, quand on entend des détonations, ce sont des feux d’artifice. Cependant, malgré ce calme relatif, deux sujets apportent de l’eau au moulin des perturbateurs et dressent les Libanais sur leurs ergots: l’électricité et le TSL.
Voilà le gros mot lâché, électricité! Faute de trouver un véritable responsable de ce lamentable drame que nous vivons à travers l’EDL, une foule de gens et plusieurs régions ont choisi de couper les routes par des pneus enflammés et de transformer le ministre de l’Energie en punching-ball, voire en loup garou. Finalement, le loup garou excédé est sorti de ses gonds pour clamer tout haut ce que tous les Libanais pensent tout bas. Autrement dit, à part les turbines sur le point de rendre l’âme, les responsables de la pénurie sont ceux qui font du grabuge.
On peut aimer ou ne pas aimer Gebrane Bassil, on doit lui reconnaître le courage de n’avoir pas mâché ses mots, appelant un chat un chat et les prétendues victimes des voleurs. En un mot, il nous a gratté là où ça nous démange.
Quelqu’un ignore-t-il que l’énorme déficit chronique dont souffre l’EDL est dû d’une part aux abonnés qui ne paient pas le montant de leurs factures, d’autre part, à ceux qui pratiquent les branchements illicites? Le ministre n’y est pas allé par quatre chemins. Il a dit: “Il n’est pas permis qu’une région dans laquelle les branchements illicites se multiplient proteste contre les coupures!” Il a, ensuite, invité les journalistes à accompagner les percepteurs dans les secteurs dont les habitants refusent de payer le montant de leurs factures et où le courant est pratiquement volé. “Voyez, a-t-il ajouté, comment ils sont battus et chassés dans certains quartiers. Seuls les chrétiens paient et ne bronchent pas”.
Ce constat n’a pas tardé à dresser les Libanais les uns contre les autres, oubliant qu’ils, tous tant qu’ils sont, souffrent du même problème qui dure depuis des décennies et qui apparaît comme insoluble.
Quant au TSL, c’est une toute autre paire de manches. Accuser le Hezbollah de meurtre est proprement intolérable. Ça relève de l’imagination la plus pervertie, voire du complot. Avant de nous joindre aux lanceurs d’anathèmes qu’on veuille bien nous expliquer comment a-t-on su que le Hezbollah était soupçonné?
Personne parmi ceux qui, aujourd’hui, poussent des cris d’orfraie n’a lu l’acte d’accusation.
Joumblatt l’a dit avec raison: “Cela suffit de lancer des provocations à travers des spéculations sur l’acte d’accusation”.
Il convient, en outre, de faire la différence entre l’enquête du procureur et le tribunal qui, lui, est loin de toute politisation. Le tribunal ne fait en aucun cas siennes les accusations du procureur. Il entendra, quand il siègera, l’acte d’accusation, examinera les preuves et donnera la même importance à la thèse des avocats de la défense. Puis rendra son verdict à base de preuves irréfutables. Tant que le tribunal ne siège pas, aucun contact n’existe entre lui et le procureur. Qu’est-ce qui permet à certains de prétendre que le tribunal est aux ordres d’Israël?
Pour ce qui est de Wi’am Wahhab, il est inutile de défendre au gouvernement de payer une seule livre pour ce tribunal. Car, malheureusement, la somme représentant la quote-part du Liban a déjà été entièrement versée. Reste à Monsieur Wahhab, s’il veut absolument récupérer l’argent gaspillé par l’Etat, à mettre la saisie sur le TSL pour le vendre aux enchères, le procureur Bellemare et le Conseil de sécurité avec.
Ce sera une grande première. Pourquoi pas. Nous sommes habitués au Liban aux grandes premières. Entre autres, celle où celui qui perd les élections gouverne.