Le plan “Uranim” de colonisation, un fait accompli
Le juif choyé dans la “relation mythique”
entre Washington et Tel-Aviv
Par Melhem KARAM

Celui-là se trompe qui croit que le “choc” reçu par Joe Biden, vice-président américain, du chef du gouvernement israélien, le likoudien extrémiste, Benjamin Netanyahu, disciple de Vladimir Jabotensky et Ariel Sharon, pourrait affecter en plein la “relation spéciale” américano-israélienne. Le parasitage produit autour de la visite du second homme de l’Administration obamienne était tectique et éphémère. C’est que les rapports sont mythiques entre la Knesset israélienne et le Capitole, les leaders américains considérant l’Etat hébreu comme un élément américain à caractère sacré.
Claude Cheysson, ministre français des Affaires étrangères sous le mandat de François Mitterrand disait: “Le sens israélien de l’Amérique s’insère dans son histoire politique allant des premiers immigrés il y a plus de trois siècles et jusqu’aux nouveaux Conservateurs du XXIème siècle”. Quant à Max Both, ancien éditorialiste du “Wall Street Journal”, il considère que la relation intime avec Israël demeure dans sa plus haute portée auprès des nouveaux conservateurs.
Il n’y a donc pas de lézarde dans le mur commun, mais une sorte de légère sanction entre les alliés de la tranchée unique, une fraction agissante sur le plan de la décision, mettant en garde contre la mauvaise conséquence résultant de “l’aveuglement idéologique” qui domine les politiques américaines du Moyen-Orient et dans le monde. Lisons ce qu’a écrit Patrick Bukanan dans “Foreign Affairs” autour des faits dramatiques ayant poussé l’Administration de Bush Junior vers le coin juif. Il dit: “Les Israéliens sont les amis des Etats-Unis. Ils ont droit à la paix et à des frontières sécurisées et nous devons les soutenir dans cette tendance légale. En tant que nation, nous avons un engagement moral qu’ont adopté plus de six présidents soutenus par les Américains, celui de ne pas abandonner ce peuple à son sort, alors qu’il a beaucoup enduré”.
Les présidents viennent et s’en vont. L’institution reste, avec ses visages et ses masques, plus forte que les changements. L’élection d’Obama en tant que président de l’Amérique portant le NÞ44, a montré que l’institution est plus grande que tous les hommes et est capable de les avaler si elle le veut. Quand Joe Kennedy a voulu faire de l’un de ses fils, un empereur, la malédiction a frappé la famille. Ses membres sont tombés l’un après l’autre dans des circonstances dramatiques extrêmement complexes. Le plus frappant dans la blessure est qu’elle demeure encore ouverte et qu’il ne reste plus en Amérique d’excellents romanciers comme Ernest Hemingway, William Falkner, Henri James, Edgar Alan Poe et même Francis Fitzgerald, pour donner à l’affaire la beauté des grandes tragédies. Au cours des dernières élections, les Américains n’ont pas recherché un homme ressemblant à Bismark ou à Talleyrand. C’est la fantasia, les plats rapides et de MacDonald. Point n’est donc besoin du génie de l’individu à l’ombre du génie de l’institution. C’est ce que “Le Soir” belge appelle le “Dinosaure”. Mais avec un “cerveau électronique” dans sa description de la visite râtée de Joe Biden à Tel-Aviv.
L’outrecuidance des Américain a atteint son apogée. Elle a heurté le mur bouché et s’est retournée contre eux avec plus d’incendies et d’impasses. D’aucuns constatent que Hillary a engagé une guerre contre ceux qui restent parmi les faucons de l’Administration, tels Dick Cheney, qui ont poussé vers l’escalade, en optant pour la logique de la force sans tenir compte des sensibilités géopolitiques, psychologiques et historiques de la région.
En fait, Hillary a entendu des Arabes des paroles autour de la responsabilité américaine dans la situation à laquelle la région a abouti depuis la conférence de Madrid et après l’invasion de l’Irak. Il ne fait pas de doute que le temps est propice maintenant à l’attaque diplomatique contre Netnyahu qui se sent pris entre les dents du cyclone: la lézarde politique, l’échec de la politique de la main de fer, l’incendie du Liban, l’équipe militaro-politique, les scandales de la corruption. C’est la natation dans le feu, dit Youssi Belin, tout en mettant en garde contre le danger du faible likoudien, parce que cela l’incitera à jouer le rôle de “Samson”. En fait, quiconque lit les prises de position américaines, réalise que l’Administration d’Obama n’accepte qu’un changement radical dans la politique syrienne à l’égard de l’Irak et du Liban. Mais Damas ne renonce pas à ses cartes sans prix: l’ouverture du dossier du Golan et la négociation sur sa restitution.
Il semble que des rabbins et des généraux soufflent dans le clairon de la guerre, en mobilisant des sentiments bibliques. Ici, un expert français parle du “déséquilibre profond dans la vision”. Les Israéliens se sont parfaitement “militarisés” à l’instar des spartiates avant eux. Quelque chose se profile donc à l’horizon israélien. L’inquiétude est grande de l’effondrement des réseaux de sécurité traditionnels pour empêcher l’arrivée des fusées jusqu’à Haïfa, Khodaira et al-Afoulé. Youri Evenery et Amos Oz parlent de “l’Etat du dinosaure” et appellent à prévenir la situation par une “chirurgie rapide” diplomatique ou militaire, partant du fait que “l’existence d’Israël est menacée”. Et Rafy Eitan, chef des espions du Mossad et président des retraités, estime que “l’armée reste un mur face à toute défaite, étant plus solidaire que la société civile”. Mais Zaïf Chief décèle un mélange entre la situation civile et la situation militaire en Israël.
Aussi, a-t-il invité “à reconsidérer la gestion militaire et stratégique après que les faits eurent prouvé que notre armée n’est ni capable, ni habilitée à s’adapter à la guerre que le Hezbollah nous impose...”
Le plan “Uranim” de colonisation futuriste trace sa voie en tant que fait accompli, les amulettes diplomatiques ne pouvant le changer. Il importe que ce plan débute, tout d’abord, sur l’ordre du jour du sommet arabe dans la ville de Syrte en Libye. Mais non pour pleurer sur les décombres.