Coup d’envoi des négociations directes
Le pari de Barack Obama: aboutir à un accord
de paix israélo-palestinien dans un an
Par Nelly HÉLOU

Le lancement officiel le jeudi 2 septembre des négociations directes entre Israéliens et Palestiniens sous l’égide du président américain, n’est pas la première initiative du genre. Depuis plus de 15 ans, d’autres négociations directes ont ponctué ce conflit vieux de 72 ans, sans déboucher sur un règlement final. Après Oslo (1993), Camp David; puis, Taba (2000), la feuille de route (2003), Annapolis (2008), le dialogue direct qui vient d’être engagé dans la capitale fédérale américaine entre Benjamin Netanyahu, Premier ministre israélien et Mahmoud Abbas, chef de l’Autorité palestinienne, a-t-il cette fois des chances d’aboutir? La réponse demeure ambivalente et très aléatoire. On voudrait le croire, mais rien n’est moins évident. Barack Obama a fait, pour sa part, “un pari sans risques”. Tout le monde a échoué avant lui. Et Américain, Israélien et Palestinien, les trois protagonistes de la reprise des négociations directes, sont entrés dans une année cruciale, placée sous le signe d’une course contre la montre et d’un nouvel espoir.

Une effervescence particulière a régné à Washington à la veille du lancement des pourparlers directs. Hillary Clinton, chef de la diplomatie américaine, a enchaîné mardi 31 août, les entretiens individuels avec Mahmoud Abbas, chef de l’Autorité palestinienne; Benjamin Netanyahu, Premier ministre israélien; les ministres des Affaires étrangères jordanien, Nasser Judeh et égyptien, Ahmad Aboul-Ghaith, ainsi que Tony Blair, représentant du quartet pour le Proche-Orient formé des Etats-Unis, de l’Union européenne (UE), de la Russie et de l’ONU.
Mercredi 1er septembre, le président Obama a consacré l’essentiel de sa journée à recevoir les acteurs du processus de paix avant de les réunir pour un dîner officiel qui a marqué le coup d’envoi des négociations. L’ouverture formelle a eu lieu jeudi 2 septembre.

Des idées en cours
Plusieurs idées ont circulé à la veille de la rencontre de Washington. On retient, par exemple, la proposition formulée par Netanyahu de rencontrer Abou Mazen tous les quinze jours pour améliorer les perspectives du dialogue direct et prendre personnellement en main les négociations.
En vertu de cette suggestion, Netanyahu et Abbas se retrouveraient tous les quinze jours pour tenter d’aplanir leurs différends et trouver des points d’accord sur les grands dossiers, après quoi les équipes de négociateurs discuteraient des points de détails.
Une formule du même genre avait été adoptée lors des négociations de paix entre le prédécesseur de Netanyahu, Ehud Olmert et Mahmoud Abbas, lesquels avaient eu une série d’entretiens en privé à un intervalle de quelques semaines les uns des autres.
Mahmoud Abbas a, pour sa part, mis davantage l’accent sur le rôle américain, affirmant qu’il allait demander la médiation active des Etats-Unis pour la reprise des pourparlers.
“Lorsqu’il y aura blocage, il faudrait que le gouvernement américain présente des propositions pour combler le fossé entre les deux propositions”.
Devant les journalistes l’accompagnant à Washington, il a affirmé que le délai d’un an était raisonnable, de nombreuses questions ayant déjà été évoquées lors de précédents rounds de négociations. “S’il y a de la bonne volonté, c’est plus que suffisant”.
Cependant, le Premier ministre israélien a déjà exprimé son refus de reprendre les négociations là où elles s’étaient arrêtées en décembre 2008, du temps de son prédécesseur Ehud Olmert et avant l’intervention militaire israélienne dans la bande de Gaza.

Optimisme et pessimisme
Optimisme et pessimisme ont de même précédé la reprise de ces pourparlers directs. Hillary Clinton, secrétaire d’Etat américaine, a affiché son optimisme, disant que les Etats- Unis “ont des raisons de croire que toutes les grandes questions en suspens pourront être réglées d’ici à un an”.
George Mitchell, l’émissaire américain pour le Proche-Orient, a de même confirmé une “présence active et soutenue” des Etats-Unis dans ces négociations directes qui sont “une grande priorité” pour la Maison-Blanche.
“Après vingt mois sans dialogue direct, soixante douze ans de conflit et plusieurs échecs retentissants, l’Amérique croit aujourd’hui à une fenêtre de tir pour une solution à deux Etats”, a t-il affirmé. En revanche, pour Avigdor Lieberman, chef de la diplomatie israélienne (à la tête d’un parti d’extrême droite), “il n’y a pratiquement aucune chance de conclure un accord dans un délai aussi bref. (...). Il n’y a pas de recette magique pour mener en un an à un accord permanent…”

Le partage de Jérusalem
Les propos de Barak sur Jérusalem sont aussi empreints d’une note optimiste. Dans une interview accordée au journal israélien Haaretz, la veille de l’ouverture des pourparlers, le ministre de la Défense a déclaré que “l’Etat hébreu est disposé à céder une partie de Jérusalem dans le cadre d’un accord global”.
“Jérusalem-Ouest et 12 quartiers juifs qui abritent 200.000 habitants seraient à nous. Les quartiers arabes dans lesquels vivent près d’un quart de million de Palestiniens seraient à eux et un régime spécial sera mis en place pour la gestion des lieux saints, basé sur des arrangements convenus entre les différentes parties dans la Vieille Ville, le Mont des Oliviers et la ville de David”, a affirmé Barak.
Cette affirmation est de toute importance, quand on sait que le partage de Jérusalem-Est au cœur même du conflit au Proche-Orient.

Une première pierre d’achoppement
Il est à craindre surtout que les négociations puissent achopper rapidement dès le 26 septembre, jour où expire un moratoire de dix mois décidé par les Israéliens sur les nouvelles constructions de logements dans les colonies juives de Cisjordanie.
Car Mahmoud Abbas menace de se retirer des négociations si Israël reprend ses constructions.
Les Etats-Unis qui s’opposent pour leur part à toute expansion des colonies juives, n’ont pas demandé à Netanyahu de proroger le moratoire. Ils savent qu’une telle prorogation risquerait de provoquer des dissensions au sein de la coalition au pouvoir, dominée par des partis favorables aux colons dont le Likoud le parti du Premier ministre.
Washington a demandé à Israël comme aux Palestiniens de ne prendre aucune mesure qui risquerait de mettre en péril les négociations et a indiqué que la question des colonies serait soulevée lors des rencontres des semaines à venir.

Une attaque meurtrière préméditée
Mardi 31 au soir, quatre Israéliens qui circulaient en voiture près d’Hébron en Cisjordanie ont été tués dans une fusillade. Selon les services des urgences israéliens, les victimes sont deux hommes et deux femmes dont l’une était enceinte et étaient tous originaires de la colonie juive de Beit Haggaï.
Cette attaque meurtrière qui s’est produite à deux jours de la reprise des pourparlers directs, a été revendiquée par les brigades al Qassam, branche armée du mouvement islamiste palestinien Hamas.
Un communiqué publié à Gaza, a souligné: “Le Hamas salue l’opération à Hébron et considère qu’il s’agit d’une réaction normale aux crimes de l’occupation et une preuve de l’échec de la collaboration sécuritaire entre l’Autorité (palestinienne) et les occupants contre la résistance”.
Ehud Barak, ministre israélien de la Défense a, pour sa part, promis que les responsables de cet attentat allaient payer.
“Ce sont des terroristes minables qui cherchent à saboter la tentative de reprise du processus diplomatique et à saper les chances des discussions qui s’ouvrent à Washington”, a-t-il dit dans un communiqué.
Netanyahu a de même vivement dénoncé “le meurtre sauvage de quatre Israéliens innocents”, promis que l’effusion du “sang des civils israéliens ne restera pas impunie” et proclamé que “la terreur ne déterminera pas les frontières d’Israël”.
Le dialogue direct qui vient tout juste de s’amorcer entre Israéliens et Palestiniens est décrié par la droite israélienne, notamment par les colons autant que par le Hamas, qui contrôle la bande de Gaza.
Force est de réaliser que le chemin de la paix est semé d’embûches et ne sera pas facile.